(par Alexandra)
les_dames_de_nageMais si, mais si, il n'y a pas d'erreur, Bernard Giraudeau est bien l'acteur (exceptionnel à mon goût) que nous connaissons!
Et oui, il lui arrive d'écrire aussi!
Franchement, si je n'avais pas eu une heure à attendre un jour sans rien pour m'occuper, je n'aurais probablement jamais acheté ce livre.
Mais voilà, il y avait un kiosque pas loin et je l'ai acheté. Et quelle ne fut ma surprise : je l'ai adoré!
Je ne sais pas très bien dans quelle mesure ce livre est autobiographique, mais je suis sûre que beaucoup d'éléments de la vie de l'auteur y sont présents.
C'est un livre de souvenirs : le narrateur s'est installé en haut d'une montagne sur une île de l'océan indien ... et il nous écrit, il se souvient ... de son enfance, de ses amours (et surtout du premier, le plus grand!), de ses voyages aux quatre coins du monde, de ses rencontres (souvent insolites) ... tout cela s'entremêle, s'emboîte...
C'est raconté sur un ton qui me touche beaucoup, un ton nostalgique, empreint d'une certaine sagesse, et le regard qu'il porte sur les choses est celui de quelqu'un qui a trouvé la paix. Je ne puis m'empêcher de faire le rapprochement avec la maladie de Bernard Giraudeau (il souffre d'un cancer), mais lui-même ne le mentionne jamais...

Extrait :

"C'est un campement désert sur le flanc d'un mamelon, à la lisière d'une végétation dense, d'arbustes torturés par le sol de roche. Le premier matin, je découvris ce que la nuit m'avait caché et je suis resté à le contempler. Jour immobile sous les fleuves de sève incessants, comme l'effervescence d'un printemps impatient. La paix enfin. Poser son regard sur le jour éblouissant, regarder l'invisible, des heures, ne rien faire qu'être le moment, sans futur, sans griffe du passé, être maintenant, qui s'appuie sur chaque branche, chaque pétale ivre. Se baigner des parfums, inondé de lumière matinale, sans amertume en bouche. N'avoir à respirer que le silence, le souffle léger comme un murmure, avec la soie d'une brise de mer qui caresse la peau, boire le soleil doucement comme un lait d'or. Mêmes les ombres sont solaires, surtout les ombres, puisque dessinées par la lumière avec du bleu et des restes de nuit. Je regarde une grappe de feuilles, un éventail qui se penche vers les hautes herbes fragiles, des graminées élégantes, hautaines, qui se balancent sous la libellule attentive."

Je répète et souligne : "ne rien faire qu'être le moment, sans futur, sans griffe du passé, être maintenant" ...

... rien que pour cette phrase, je vous remercie, Monsieur Giraudeau!

            (édité en poche chez POINTS SEUIL)