(par Alexandra)
LectureYann069_MichaelCunningham_LaMaisonDuBoutDuMondeHmmm ! Michael Cunningham … un homme qui a du charisme! Je le sais car j’ai assisté à une de ses lectures, et il m’a dédicacé un exemplaire de « The Hours » !!! (D'accord, je n'étais pas la seule, et puis, de toute façon, les filles, c'est pas son truc!)

Toutefois, ce n’est pas « The Hours » dont j’ai envie de parler ici (trop ennuyeux), mais de « La maison du bout du monde », le roman qui l’a fait connaître.

C’est l’histoire de deux amis de toujours, Jonathan et Bobby. Elle est racontée à tour de rôle par les deux, mais aussi par Clare, la femme de leur vie (bien que Jonathan soit homosexuel), ainsi que par Alice, la mère de Jonathan, et tout ceci sur un fond de musique des seventies, eighties (et qui m’est familière comme si j’avais vécu ces années-là, étrange, non ?), ah oui ! Woodstock…. !

C’est un roman dans lequel il ne se passe pas grand-chose. Tout le charme du livre réside dans les rapports (parfois très ambigus) qu’entretiennent les personnages: Jonathan aime Bobby, mais Bobby n’est pas réellement homo. Or, pour Jonathan, il fait une exception. Bobby aime Clare (une fille complètement déjantée) qui l’aime aussi, mais qui aime encore plus Jonathan, qui évidemment ne l’aime que platoniquement. Pourtant Bobby, Jonathan et Clare vivent ensemble. Accessoirement se joint à eux Erich, l’amant de Jonathan …

Lorsque Clare attend un enfant de Bobby, les trois décident de quitter New-York et de s’installer dans la ‘maison du bout du monde’ pour tenter d’être heureux d’une manière, disons, un peu alternative… et lorsque Erich est atteint du SIDA, Bobby et Clare l’accueillent dans la maison (contre l’avis de Jonathan) pour s’occuper de lui.

Bref, vous l’aurez compris, c’était, à une époque, un livre dans le vent (il est sorti aux States en 1990), émancipation ‘gay’ et découverte du SIDA obligent !

Le côté fort du livre, ce sont vraiment ses personnages. Ils se trimballent tous un vécu difficile, des failles anciennes, des complexes prêts à resurgir. Ils sont tous angoissés devant la solitude et recherchent un mode de vie qui leur permette de survivre, d’être avec l’être aimé tout en acceptant qu’il aime quelqu’un d’autre … mais évidemment, de telles relations sont difficiles à gérer. Ils subissent forcément la désillusion. C’est assez douloureux par moments…

Un petit extrait qui montre bien l’esprit (c’est Clare qui parle) :

« Il y avait des jours où je croyais avoir trouvé ma récompense. J’avais l’amour et une place sur terre. Je faisais partie de quelque chose de tendre et de lisse. Une famille. C’était ce que j’avais toujours cru désirer. Ma propre famille n’avait été que cris de rage et de jalousie. […] Nous étions des gens difficiles, connus dans tout le quartier […] J’avais basé mes premiers fantasmes sur les concepts du manque et de la fierté. Je portais mes jupes au ras des fesses, coiffais mes cheveux en une tornade laquée. J’avais baisé pour la première fois à l’âge de quatorze ans, avec un bassiste maigrichon, à l’arrière d’une camionnette […] je pris comme petit ami un revendeur de drogue. Je me regardais devenir inexistante aux yeux des assistantes sociales et des pasteurs […] j’allais en classe avec une bouteille de Téquila dans mon cartable. Je traversais les nuits glacées de Rhode Island shootée à l’acide. Je laissais une traînée de vapeur derrière moi. Ceux qui ont eu une enfance paisible ne peuvent imaginer la liberté que ressent celui qui a mal tourné.

Aujourd’hui, tard dans ma vie, j’étais sauvée. Les garçons rentraient tous les soirs à la maison, s’occupaient de Rebecca, préparaient le dîner. Leur amour n’était pas sans défaut. Ils s’aimaient peut-être plus qu’ils ne m’aimaient. Ils se servaient peut-être de moi inconsciemment. Peu m’importait. Peu m’importait de toucher le fond brut des bonnes intentions d’autrui. Ce qui me gênait parfois, c’était le côté simple et amical de tout ça. Nous vivions dans un univers de gentillesse et d’ordre domestique. Je m’imaginais parfois telle Blanche Neige vivant au milieu des sept nains. Les nains prenaient soin d’elle. Mais combien de temps serait-elle restée avec eux sans l’espoir de rencontrer un jour être de dimension humaine ? Combien de temps aurait-elle balayé et reprisé avant de réaliser que sa vie était un havre sûr mais rempli d’imperceptibles insuffisances ?

Il existe une excellente adaptation cinématographique de ce livre, réalisée par Michael Mayer. C’est Michael Cunningham lui-même qui a écrit le scénario (ce qui explique probablement que l’adaptation soit bonne !). Il a coupé dans le nombre de personnages, dans le récit de leur passé, mais il a réussi à garder, voire concentrer l’essentiel. J’irais même jusqu’à dire que l’impact émotionnel du film est plus fort encore que celui du roman … pour être honnête, j’avoue que j’ai un faible de petite fille pour les beaux yeux de Colin Farrell qui joue Bobby! affiche_film_maison_du_bout(avec une sensibilité à fleur de peau… quel acteur ! … pourquoi diable on ne donne pas de meilleurs rôles à ce type au cinéma ?) Les autres aussi sont totalement crédibles : Dallas Roberts (Jonathan), Robin Wright Penn (Clare), Sissy Spacek (Alice). C’est rare de voir une adaptation littéraire aussi réussie !

                                     (paru chez 10/18 domaine étranger)