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(par Annabelle)
Taniguchi___quatrier_lointainAprès nombre de débats argumentatifs avec ma mère, j'ai obtenu la permission de créer une catégorie "mangas" !!!

Je commencerai donc avec cet article sur une oeuvre de TANIGUCHI Jirō, un grand maître du genre... Son dessin, bien que caractéristique du manga - dans le genre "tous les visages se ressemblent", comme dirait ma mère... - est cependant accessible aux lecteurs qui ne connaissent que la BD bien de chez nous. (et pour cause... les traits ne sont pas si typiques du style de mangas qu'on trouve dans tous les magasins... comparez un peu à des classiques comme "Naruto" de Kishimoto Masashi... rien à voir  (je ne dis pas ça pour critiquer, j'aime aussi beaucoup Kishimoto) ! En plus, la plupart des oeuvres de Taniguchi sont éditées dans le sens de lecture occidental)

Taniguchi est un spécialiste des thèmes "universels" comme... la beauté de la nature (Le Sommet des Dieux), l'attachement à la famille (Le journal de mon père) ou encore le retour en enfance (Quartier Lointain).
Donc, Quartier Lointain, l'oeuvre - en deux tomes - dont je voulais parler dans cet article, traite du sujet de "retour en enfance"... thème que l'on peut également retrouver (en quelque sorte) dans Un ciel radieux (pas mal non plus, en passant)...
L'histoire débute avec Nakahara Hiroshi, japonais de 48 ans qui se remet assez difficilement d'une cuite prise la veille de son retour chez lui d'un voyage d'affaire... cette "gueule de bois" va d'ailleurs lui faire prendre le mauvais train et le conduire jusqu'à Kurayoshi, sa ville d'enfance.
Là, il décide de se promener en attendant le prochain train, et en profite pour se rappeler son enfance et faire un tour sur la tombe de sa mère. C'est à ce moment que l'histoire commence vraiment : en priant sur la tombe familiale, Mr Nakahara est pris d'un malaise duquel il se réveille dans sa peau d un adolescent de 14ans ! C'est ce qu'on appelle faire un voyage temporel !!! L'idée paraît plutôt banale, dite comme ça, mais Taniguchi n'a pas fini : le jeune Hiroshi va revivre l'année de ses 14 ans avec l'expérience, la façon de penser et les souvenirs du "vieux" Mr Nakahara... ce qui va entraîner quelques changements dans sa façon de parler, de réagir à tel ou tel évènement et, surtout, ce qui va modifier le passé, les souvenirs de l'enfance du personnage principal !
Ce n'est toujours pas fini ! En plus de cela, Hiroshi - qui abandonne l'idée de "c'est un rêve" pour laisser la place à "c'est la réalité" - finit par se souvenir d'un évènement majeur de l'année de ses 14 ans : la disparition subite et définitive de son père, deux jours avant la fin des vacances d'été. Le Mr Nakahara caché à l'intérieur du corps du jeune Hiroshi se rappelle les douleureuses années endurées par sa famille après le départ de son père et va chercher une explication et une solution pour empêcher ce souvenir de se reproduire...
C'est là qu'on en vient au second thème principal ! Le premier, vous l'aurez compris, est le retour en enfance - de la revivre, de profiter de sa jeunesse mal vécue - récurrent (obsessionnel ?) chez Taniguchi...
Le second ne se dévoile que dans cette oeuvre (en tout cas, pour celles que j'ai lues...), il s'agit du fameux "effet papillon" ! Qui n'en a pas entendu parler ? Eh oui : durant toute l'histoire jusqu'à la toute fin, on ne sait si Nakahara Hiroshi rêve ou s'il a réellement fait un bond dans le passé. Ce qui implique que, si c'est un voyage dans le temps, le changement du cours des actions du jeune Hiroshi influence également le futur (comme le papillon qui bat des ailes qui entraîne toute une chaîne d'actions et finit par créer un typhon à l'autre bout de la planète !).
C'est ce second thème qui m'a réellement fait apprécier cette oeuvre. Ce doute constant, jusqu'à la dernière minute - que dis-je, la dernière seconde de la lecture - la toute dernière case du manga !!! Je ne vous en dirai rien, cela gâcherait le plaisir de la lecture... mais ce problème est très important pour le personnage de  Nakahara Hiroshi car - lui - pense qu'il s'agit de la réalité et a peur d'altérer son présent : par exemple, il tombe amoureux d'une écolière à qui il n'avait jamais adressé la parole dans sa précédente jeunesse ; cela risque d'empêcher son mariage et la naissance des deux filles qui l'attendent dans son présent............. !

M'enfin, le tout est bien compliqué, je vous l'accorde, mais ces livres méritent d'être lus et les dessins d'être détaillés !! La lecture est a faire lentement pour bien s'imprégner de l'ambiance et Taniguchi prend un malin plaisir à exprimer les émotions de ses personnages avec ne serait-ce qu'un coin des lèvres rehaussé ou un pli entre les sourcils... alors prenez votre temps et profitez !!!

Bonne lecture !

 

Quartier Lointain, Taniguchi Jirō, Alph'art du meilleur scénario au Festival d'Angoulême 2003
(édité en volume unique chez Casterman)