dexter_paperboy(par Alexandra)
Ce roman américain est classé ‘roman noir’, mais je trouve qu’il est bien plus que cela. Certes, la première moitié ressemble à une enquête policière, mais elle est effectuée par deux journalistes d’investigation qui se sont fixé l’objectif de sauver un condamné du couloir de la mort, parce qu’ils ont découvert des irrégularités au cours du procès…
L’histoire nous est rapportée par Jack, le frère cadet de Ward, un des deux journalistes en question. Jack lui-même est un peu le « raté » de la famille, tout juste bon pour servir de chauffeur à son frère. Or, ce travail lui permet de suivre en détail les méandres de l’enquête tout en gardant suffisamment de distance pour jeter un regard assez froid sur les événements.
Pendant toute cette première partie du roman, on ne peut s’empêcher de se dire que tout cela va finir en argument en faveur de la peine de mort, tellement le condamné à mort paraît antipathique… un primate asocial violent et lubrique des fins fonds de la Floride…
Mais non ! Le propos du roman n’est pas réellement là. Car au moment où Ward commence à mettre en doute les méthodes de recherche de son coéquipier, il se fait agresser violemment par deux marins avec lesquels il passait sa soirée… s’en suivent plusieurs interventions chirurgicales et des semaines d’hôpital que son coéquipier met à profit pour ficeler l’article à sa guise et empocher le prix Pulitzer…
A partir de ce moment-là, le roman se recentre sur le personnage de Ward qui n’est plus la même personne ; sur ses interrogations à propos de son métier, l’isolation sociale qu’il s’impose à lui-même en raison de son homosexualité (non avouée, l’action se situant dans les années soixante !), ses rapports avec son père et son frère, sa solitude, le scandale, la plongée dans l’alcoolisme… Le lecteur le suit à travers le petit frère qui l’observe, qui note les changements, qui essaie de le remettre sur les rails, de démêler le vrai du faux … et qui ne peut qu’assister à la déchéance, impuissant jusqu’au drame final.
J’ai apprécié ce livre dont je n’attendais qu’une distraction de vacances et qui, finalement, m’a apporté bien plus que cela. Une ambiance. Un ton. Un sentiment de gâchis. Et une interrogation sur les méthodes de certains journalistes assoiffés d’ambition et en quête de reconnaissance !

(traduit de l'américain par Brice Matthieussent; paru chez Points, coll. Roman Noir)