khadra_attentat(par Alexandra)
C’est la première fois que je lis un livre de Yasmina Khadra, écrivain d’origine algérienne mais de langue française… J’ai toujours été convaincue qu’il s’agissait d’une femme ! Et non, c’est un pseudo ! Mais qu’à cela ne tienne !
C’est une littérature que je qualifierais d’ »engagée», même s’il ne s’agit pas d’un engagement politique pour un parti ou une idéologie, mais plutôt dans le sens d’un profond ancrage dans les contextes géopolitiques brûlants de notre monde contemporain.
«L’attentat» est à ce titre exemplaire, le contexte étant ici le conflit israélo-palestinien.
Le narrateur, Amine, appartient à la minorité des Arabes israéliens. Chose rare : il a «réussi», c’est-à-dire qu’il est devenu un chirurgien réputé à Tel Aviv, riche, beau mariage, belle maison, belle vie, amis distingués… la preuve vivante de l’ascension sociale possible d’un musulman dans l’Etat juif… jusqu’au jour où sa vie bascule : sa femme, en apparence parfaitement intégrée comme lui, se transforme  en «bombe humaine» et se fait exploser dans un restaurant à Tel Aviv, causant un vrai carnage…
En tentant de comprendre le geste de sa femme, Amine se voit vite confronté à la dure réalité de son pays qu’il a toujours réussi à occulter. Son réveil se révèle d’autant plus brutal qu’il ne sait plus où est sa place…
J’ai trouvé ce roman très intéressant (bien que peut-être un tantinet caricatural parfois, mais c’est efficace !). On plonge au cœur d’un conflit que nous regardons de loin depuis toujours sans nous sentir vraiment concernés. Et Mohammed Moulessehoul (puisque c’est le vrai nom de Y.K.) a l’intelligence de nous montrer les deux points de vue, celui des Juifs aussi bien que celui des Arabes ; leurs arguments, mais aussi leurs méthodes d’une innommable brutalité, les renvoyant dos à dos ! (Encore que … à la fin, on est quand même un peu plus touché par le destin des Palestiniens…)
Je pense que ce livre devrait constituer une lecture obligatoire pour tout le monde (on peut toujours rêver !) … il est facile à lire, captivant d’un bout à l’autre et hautement instructif !

Petit extrait pour ceux qui ont le temps : (C’est Amine, le narrateur-chirurgien, qui parle )

«Je ne connais rien aux gourous ni à leurs sbires. Toute ma vie, j’ai tourné opiniâtrement le dos aux diatribes des uns et aux agissements des autres, cramponné à mes ambitions tel un jockey à sa monture. J’ai renoncé à ma tribu, accepté de me séparer de ma mère, consenti concession sur concession pour ne me consacrer qu’à ma carrière de chirurgien ; je n’avais pas le temps de me consacrer aux traumatismes qui sapent les appels à la réconciliation de deux peuples élus qui ont choisi de faire de la terre bénie de Dieu un champ d’horreur et de colère. Je ne me souviens pas d’avoir applaudi le combat des uns ou condamné celui des autres, leur trouvant à tous une attitude déraisonnable et navrante. Jamais je ne me suis senti impliqué dans le conflit sanglant qui ne fait qu’opposer à huis clos les souffre-douleur aux boucs émissaires d’une Histoire scélérate toujours prête à récidiver […]» (p. 164/165 dans l’édition POCKET)

(paru chez POCKET)