vallejo(par Alexandra)
Un très beau début : en confrontant deux photos, celle d’un ancêtre garde-chasse du nom de Lambert et une autre d’un gardien de la prison d’Abou Graibh, le narrateur prend soudain conscience que son regard est en train de changer ; sa façon de voir aussi ; sa vie ; car il comprend que la photo de son ancêtre cache bien plus de choses qu’elle ne montre. Il va donc s’efforcer de révéler cette partie cachée…
… et nous voilà embarqués pour un huis-clos de 250 pages… le lieu : le domaine de Perrières, sur les terres de l’Ouest (comprenons : le pays chouan)… l’époque : la période de l’exil de Victor Hugo à Guernesey (cela a son importance dans l’histoire)… les protagonistes : le suscité garde-chasse Lambert, ainsi que sa femme Eugénie, sa fille Magdeleine et son fils Grégoire. Face à eux le jeune baron de l’Aubépine… baron par qui le mal va arriver au domaine ! Non seulement il aime malmener les jeunes femmes, mais bien pire : il est républicain ! Baron et républicain ! Chez les chouans ! Sous Napoléon III … mais effectivement, il s’avérera très vite que le baron a un petit grain (on s’en serait douté)… et que Lambert, pour protéger la réputation de la famille de son maître ainsi que sa propre famille (sa fille surtout) devra prendre des mesures assez drastiques…
L’idée du début était alléchante (quoique pas tout à fait neuve…), mais très vite j’ai ressenti ce que (d’après le narrateur) caractérise cette terre de l’ouest : l’ennui ! D’autant plus que l’histoire est totalement prévisible, et que tout ce que j’ai supposé au début a fini par arriver !!! Sauf le retour vers le début … (j’aurais bien aimé connaître les conséquences de toutes ces révélations pour le narrateur… puisqu’on nous avait assuré que sa vie en avait était chamboulée…). Et puis, il n’y a pas d’implicite, pas de place à l’interprétation, tout est dit, tout est clair… tout est trop simple, trop sage, il n'y a aucune audace !
Bon, je ne veux pas être complètement négative. C’est bien écrit, le style fait un peu «époque», un peu «rustique», les descriptions sont correctes, les rapports entres les personnages sont finement étudiés… mais rien qu’à voir l’enthousiasme débordant du lexique qui me vient à l’esprit pour en parler, vous devinerez que l’impression que ce roman m’a laissée n’a rien d’éternel. Je pense qu’en feuilletant ce blog dans trois mois, je serai étonnée de voir que j’ai lu ce livre un jour…pour moi, il fait partie de cette littérature contemporaine qu’on peut certes considérer comme sérieuse (rien du roman de gare !), mais qui, à mon goût, est tout simplement dépourvue d’intérêt !

(paru en format poche chez POINTS Seuil)