(par Alexandra)

 

 

Wassmos___ciel_cruelFinalement, je n’ai pas pu attendre plus longtemps pour connaître la suite de l’histoire de Tora… Je suis donc passée illico presto au troisième volet , «Ciel cruel» (après «La véranda aveugle» et «La chambre silencieuse»).

On y retrouve Tora juste après avoir accouché de son « oisillon », son bébé mort qu’elle a enterré sous un tas de pierres. Elle va de plus en plus mal. Elle perd le contact avec la réalité, s’isole, ne parle plus à personne, mis à part les «mamans-oiseau» qui doivent venir chercher leur oisillon… C’est grâce à sa tante Rakel qu’elle reprend pied dans la vie réelle ; Rakel, qui restera la seule à qui Tora confie ce qu’elle a vécu et qui l’aide, la protège, devient le rempart qui se dresse entre Tora et son violeur de beau-père, Henrik. Mais Rakel meurt. Souffrant d’un cancer et sentant la fin approcher, elle s’arrange pour se noyer. Elle laisse derrière elle son mari Simon, inconsolable, et Tora qui replonge dans ses délires, se prenant pour Rakel et voulant séduire Simon…

J’avais espéré que Tora s’en sortirait (c’est mon côté guimauve… je dors tellement mieux après un happy-end !), qu’elle reprendrait le dessus… mais non ! Elle disjoncte complètement, incapable d’avoir une relation normale avec quiconque. Elle entend toutes sortes de voix qui l’empêchent de penser et voit des bonhommes de pain d’épice qui menacent de la dévorer… A la fin du livre, nous la quittons seule dans la neige, assise près du tas de pierres où elle a dissimulé son enfant, attendant un bateau imaginaire qui l’emmènerait avec Rakel voir la famille de son père allemand à Berlin…

Et oui, ce n’est pas vraiment ce qu’on appelle une lecture réjouissante ! Mais en même temps, c’est exempt de toute trace de mélo, de sentimentalisme larmoyant. C’est ce que j’ai apprécié. Bien sûr que nous suivons Tora avec empathie, mais l’auteure sait nous garder à l’écart. Le lecteur prend en quelque sorte la place du psychanalyste que Tora mériterait de consulter !

Un «bel» exemple des dégâts mentaux irréparables causés par une enfance martyre…

(traduit du norvégien par Luce HINSCH ; paru chez BABEL)