(par Alexandra)

everett___glyphe«Glyphe»

ou : «Le monde selon Ralph»…

Ralph est un bébé pas comme les autres. Attardé mental pour son père en raison de son refus de parler, il est en vérité un génie reconnu uniquement par sa mère. A l’âge d’un an, il sait lire et écrire, et il analyse son univers en maniant allègrement les concepts philosophiques et scientifiques les plus ardus. De son berceau, il observe ses parents s’agiter : son père «poststructuraliste», qu’il appelle seulement «le bouffi», universitaire et écrivain en manque d’inspiration recherchant la reconnaissance auprès d’étudiantes bien plus jeunes que lui ; sa mère, artiste-peintre en proie à la dépression nerveuse, mais qui «sait l’essentiel»… c’est elle qui fournit à Ralph ses nourritures intellectuelles : de la Bible et du Coran, en passant par (je n’en cite que quelques uns) Swift, Joyce, Balzac, jusqu’aux essais sur la théorie du jeu et de l’évolution, la génétique et la dynamique des fluides… «Par la lecture, je m’étais construit un monde, au complet, qui était mien, et dans lequel j’étais débarrassé de l’impuissance dont je souffrais dans le monde des mes parents…».

Le ton est donné.

Lorsque le père admet enfin les facultés hors du commun de son fils, Ralph est emmené chez le docteur Steimmel, éminente pédo-psychiatre dévorée par l’ambition. Elle va jusqu’à kidnapper Ralph avec l’intention de le découper pour étudier son cerveau ! Or, elle se fera ravir le bébé par un représentant de l’armée qui veut en faire un espion … et le bébé Ralph sera enlevé une troisième fois par un couple en mal d’enfants qui a pitié de lui… pour finir menacé d’abus sexuel par un prêtre louche et qui le désignera comme possédé… le livre se termine par une scène d’un burlesque digne d’un slapstick !

Bon ! Quoi dire de tout cela ? Au début, j’ai ri aux éclats. Rien que la scène de la visite de Roland Barthes chez les parents de Ralph… c’est vraiment ahurissant ! Barthes discourant à la table du dîner (son discours étant annoté dans la marge de gauche des renvois aux philosophes auxquels il se réfère, comme dans ses livres !)… on ne comprend strictement rien à ses élucubrations, mais cela ne fait rien, car de toute évidence, il en va de même pour l’universitaire et sa femme qui n’ont plus d’autre solution que de plonger leur nez dans leur assiette ! Tout au long du roman, ce pauvre Barthes sera d’ailleurs la victime préférée de l’auteur (au point qu’à un moment donné, j’ai failli prendre la mouche, car pour moi, Barthes ne mérite tout de même pas cela !)… m’enfin, pas la seule victime… d’autres grands noms y passent également (pour dénoncer tout discours abscons d’une manière générale, à ce qu’il paraît !)…

Il est vrai, c’est une lecture qui chatouille les méninges. Malheureusement, les digressions d’ordre philosophique (certes parodiques) deviennent extraordinairement denses et fréquentes, si bien qu’on finit par ne plus les lire (si quelqu’un a réussi, qu’il me fasse signe !) ; idem pour les annotations en bas de page par lesquelles Ralph se révèle désagréablement pédant et dépourvu d’humour (pour dénoncer les intellectuels ???) ; idem pour les formules mathématiques, les schémas d’énonciation, les intitulés des chapitres… qu’est-ce que cela devient lourd et lassant ! Et surtout… surtout, je ne puis m’empêcher de soupçonner l’auteur de faire étalage de son extrême érudition tout en faisant semblant de s’en moquer… donc, arrivée au bout, mon impression positive du début s’est muée en agacement ! Dommage, car c’est un livre intelligent.

(traduit de l’américain par Anne-Laure TISSUT et paru chez ACTES SUD)