(par Alexandra)

murakami___spoutnikPour les familiers de Murakami, sachez que celui-ci se situe plus près de «La ballade de l’impossible» que de «Kafka sur le rivage». Explication pour les non-familiers : ici, l’action ne nous catapulte pas dès les premières pages dans un univers fantastique avec ses codes propres et parfois (il est vrai) difficilement compréhensibles. Et même si l’auteur reste fidèle à un certain onirisme, l’ensemble du roman est bien ancré dans le réel (donc lisible pour tous ceux qui n’adhèrent pas aux «délires» murakamiens… oui, j’en connais, j’en ai rencontrés… mais je précise que je n’en fais pas partie, au contraire, j’adore me perdre dans les méandres de son imagination… )

Le narrateur s’appelle tout de même «K.» (la référence !), jeune instituteur qui aime Sumire, écrivaine compulsive (même si elle n’a encore rien publié), et qui, elle, aime une autre femme d’une quinzaine d’années son aînée, Miu. Malgré cela, K. est le confident intime de Sumire, celui avec qui elle partage tout, le sexe mis à part ; celui qu’elle appelle à quatre heures du matin pour qu’il lui explique la différence entre un signe et un symbole… !

K. observe Sumire changer. Jeune femme originale, négligée et peu soucieuse de toute sorte de convention sociale au début de l’histoire, elle se transformera, pour plaire à Miu, en assistante de femme d’affaires parfaite, habillée avec soin et rigoureuse jusqu’au bout des ongles… pour finalement disparaître sans laisser de trace lors d’un séjour dans une île minuscule de Grèce.

Parallèlement K. nous raconte sa propre histoire qui se résume à une enfance tristounette et une vie qui l’est autant, sans hauts ni bas, si ce n’est sa passion inassouvie pour Sumire, mais même là, il reste maître de lui, très raisonnable, très «gentleman».

Après la disparition de Sumire, Miu appelle K. au secours. Il ne la retrouvera pas non plus, mais il découvrira dans les affaires laissés par Sumire le récit du secret de la vie de Miu…

Dédoublement de la personnalité ou traversée du miroir ? Passer de l’autre côté pour toucher à l’essentiel, abandon de soi-même pour fusionner avec l’autre, expériences initiatiques, interrogations à propos du sens de l’existence et quête de l’identité… autant de thèmes chers à Murakami qui attendent le lecteur sous la surface de cette langue fluide, trop fluide parfois, car si l’on ne prend garde et ne sait pas s’arrêter à temps pour reprendre certains passages, on passe facilement à côté de ce qui est important.

(traduit du japonais par Corinne ATLAN et paru chez 10/18)