somza___cordes_du_temps

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(par Alexandra)

 

Le dernier chapitre du livre est précédé par la fameuse phrase prononcée par Robert A. Lewis, copilote de l’Enola Gay, l’avion qui largua la bombe atomique sur Hiroshima : «Mon Dieu, qu’avons-nous fait ?» Cette phrase résume très bien l’essence de ce roman !

Des physiciens de renommée internationale sont recrutés par une obscure multinationale pour travailler, dans le plus grand secret et sous haute surveillance, au projet «Zigzag» qui consiste à ouvrir les «cordes du temps» pour VOIR le passé… on dirait de la science-fiction, mais ce n’en est qu’à moitié, les bases scientifiques étant parfaitement véridiques (mais un brin plus complexes tout de même… !)

Evidemment, nos scientifiques ont conscience des risques qu’ils prennent, tant du point de vue technique que du point de vue … disons … de l’exploitation militaro-commerciale. Mais la tentation de vérifier le bien-fondé de leurs théories et la perspective de réaliser un exploit jamais vu jusque là l’emportent sur les scrupules d’ordre moral. Ils vendront leur âme au diable pour jouer aux apprentis-sorciers, et les fruits qu’ils récolteront seront terribles !

Je ne dévoilerai pas les détails de l’histoire ici, sachez seulement qu’il ne faut pas avoir peur de l’aspect scientifique, car même si on nous explique en quoi consiste la «théorie des cordes» du titre, cela reste très «soft», suffisamment vulgarisé pour qu’un nul en physique comme moi puisse comprendre à peu près de quoi il s’agit…

Je dois dire que l’intrigue m’a captivée jusqu’au bout des six cents pages, avec des hauts, mais aussi avec quelques bas, avouons-le ! Il y a des pages réellement oppressantes, d’une violence inouïe, un vrai climat d’angoisse qui s’installe. Par contre, j’ai été agacée par des petites phrases censées faire durer le suspense, du style «Rien ni personne n’allait la terroriser. C’est du moins ce qu’elle croyait à cette époque» ou «Elle ignorait à quel point cette soirée allait constituer le commencement de l’horreur»… etc etc… Toute la première moitié du roman en est truffé ! Passez-moi l’expression, mais c’est d’un chiant ! Le deuxième élément qui m’a dérangée (un peu amusée en même temps), c’est le très palpable fantasme de l’auteur concernant son personnage principal , Elisa, décrite comme «une femme jeune et solitaire, à la longue chevelure noire et ondulée, dotée d’un visage et d’un corps qui n’auraient pas détonné sur la couverture d’un magazine de mode, mais qui possédait en même temps une esprit analytique et une prodigieuse capacité de calcul et d’abstraction, qualités tellement nécessaires dans le monde froid de la physique théorique, où règnent les princes de la science.» Oui, c’est très moyen, mais je n’ai pas prétendu qu’il fallait donner à Somoza le prix Nobel ! Non, j’ai passé un bon moment avec ce livre qui a éveillé ma curiosité pour un domaine que je connais mal ; qui m’a incitée à réfléchir à certaines questions éthiques de la science… ce n’est pas si peu !

(traduit de l’espagnol par Marianne Million et paru chez Actes Sud)