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(par Alexandra)

 

besson___arri_re_saisonUn huis-clos. Lieu : un bar à Cape Cod. Les personnages : Louise, auteure de théâtre en vogue ; Ben, le serveur ; Stephen, l’ex de Louise ; un pêcheur de passage ; et, par le biais du téléphone, Norman, l’actuel de Louise. Durée de l’action : quelques heures.

Louise guette au bar l’arrivée de Norman qui, ce jour-là, doit rompre avec sa femme pour vivre avec elle. Or, il se fait attendre. Survient Stephen qui a laissé tomber Louise cinq ans auparavant pour se marier avec une autre dont il est à présent séparé. Discussions. Souvenirs. Explications. Norman ne viendra pas. Par contre, Stephen et Louise se promettent de se revoir.

C’est tout. Non, ils boivent quelques Martinis aussi, et le serveur essuie les verres.

N’en déduisez pas que le roman manque d’intérêt. Au contraire ! En fait, Besson est parti d’un tableau d’Edward Hopper, «Les rôdeurs de la nuit» (celui dont un détail est représenté sur la couverture) en essayant de donner vie aux personnages. Il leur imagine une histoire, un vécu, des fêlures, des trahisons, des espoirs, du désespoir… c’est très intimiste, des petites touches qui se rajoutent au fur et à mesure pour faire exister les protagonistes et leur donner une consistance intérieure. Et c’est plutôt réussi. En même temps, leurs expériences, leurs sentiments sont ceux de tout le monde : chacun de nous peut s’identifier à un moment donné à l’un d’eux. Mais la faiblesse du livre se trouve peut-être là justement, dans des schémas de pensée ou des archétypes de comportement qui relèvent un peu du cliché. Exemple : Louise, «si elle ne mène pas tout à fait la vie qu’elle aurait choisie, elle n’a aucune de celles qui lui faisaient horreur, ces vies de confort et de conformisme, toutes tracées, remplies de maris, d’enfants, d’écoles, de supermarchés, de voitures, de maisons secondaires, de beaux-parents dominicaux, de régimes alimentaires et de couples amis. Elle aura échappé à ça, cette abomination ordinaire […]»

Dans son anticonformisme, Louise reste tout de même assez conventionnelle !

Un mot du style aussi : le roman est d’une grande lisibilité, la syntaxe n’est guère compliquée, le lexique reste assez ordinaire. De temps en temps, Besson en rajoute un peu dans les procédés de style … «Elle aime chez lui ce mouvement perpétuel, cette agitation, cette agilité, cette dextérité à jongler avec les contraintes, les contraires, les contretemps, les contrariétés…» C’est parfois un brin agaçant… mais dans l’ensemble, on passe un bon moment.

(paru en poche chez 10/18)