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(par Alexandra)

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Saviez-vous que le 28 représente le NOMBRE PARFAIT?

 

Avis aux amoureux des mathématiques ! Dont je ne suis pas ! Pourtant, je me suis laissé tenter par ce roman, et j’avoue qu’il m’a fait voir cette science sous un angle nouveau. C’est bien la première fois que je trouve plaisant de suivre des jongleries avec des nombres !

La narratrice est une mère célibataire qui gagne sa vie en faisant des ménages, autant dire qu’elle ne rigole pas tous les jours ! Elle est embauchée pour s’occuper du logement d’un vieux professeur de mathématiques qui n’aime rien de plus au monde que les nombres primaires. Seule ombre au tableau : ayant subi des lésions au cerveau lors d’un accident de la route, la mémoire récente du professeur est limitée à 80 minutes… Là où toutes les aide-ménagères avant elle ont jeté l’éponge, la narratrice fera preuve de persévérance, de compassion et d’une grande patience. Elle respectera le vieil homme qui le lui rendra bien. Elle lui amènera son fils de dix ans que le professeur surnommera affectueusement «Roots» (en raison de la forme de son crâne en racine) et avec lequel il partagera sa passion du base-ball. Le professeur leur fera découvrir l’univers magique des mathématiques, sachant se mettre à leur niveau et trouver les explications et les exemples à leur portée.

Sincèrement, je n’aime pas beaucoup les bons sentiments, mais ce roman m’a réchauffé le cœur. Il en émane une tendresse, un respect profond pour la personne humaine, qu’elle soit vieille, jeune ou handicapée, femme de ménage ou génie déchu… et les nombres prennent une dimension poétique, romantique, c’est tout un monde qui s’ouvre à la narratrice (et à nous en même temps !) : «Je caressais les pages. Je sentais mes doigts effleurer les formules mathématiques que le professeur avait écrites. Elles se bousculaient en une longue chaîne qui tombait à mes pieds. Je suivais cette chaîne maillon après maillon […] je n’avais pas peur. Parce que je savais bien que le professeur me conduisait à la vérité éternelle et inviolable. Je sentais avec émerveillement que le sol sur lequel je me tenais reposait sur un monde encore plus profond. Pour y parvenir, il n’existait d’autre méthode que de suivre cette chaîne de chiffres, les mots n’avaient aucune signification, et bientôt, je ne savais plus si je me dirigeais vers les profondeurs ou si je cherchais à atteindre les hauteurs. Je savais seulement que la chaîne me reliait à la vérité

J’ai beaucoup apprécié aussi la pédagogie du professeur, sa modestie, l’absence de tout mépris vis-à-vis des non-initiés, sa manière de leur donner confiance en eux-mêmes, de les faire croire à leur propre intelligence, à leur capacité de comprendre… c’est tellement à l’opposé de ce que j’ai pu vivre moi-même (eh oui, vous le devinez, je fais partie des traumatisés des maths scolaires !!!), de ce que peuvent vivre encore mes enfants… les maths seraient-elles  autre chose qu’une tyrannie implacable, qu’un instrument impitoyable de sélection ? Merci à Yoko Ogawa de me donner cet espoir !

 

 

(traduit EXCELLEMMENT du japonais par Rose-Marie MAKINO-FAYOLLE et paru aux éditions ACTES SUD)