mazetti___le_mec

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(par Alexandra)

 

Un joli petit roman qui nous prend par les sentiments ! C’est le titre, plein d’humour et de légèreté, qui a attiré mon attention, et il est vrai qu’il y a un humour «décapant», comme le promet la quatrième de couverture… mais il n’y a pas que cela ! Il s’agit surtout d’un livre sur l’impossibilité de vivre ensemble…

C’est un roman d’amour écrit à deux mains, alternant les chapitres rédigés par Désirée, l’élément féminin, et par Benny, le «mec». Chacun relate de son point de vue les étapes de leur relation. Les différences d’appréciation se révèlent d’ailleurs souvent savoureuses !!!

Ils font connaissance dans un cimetière, car chacun a perdu un être cher : son mari pour Désirée, ainsi que sa mère pour Benny. Le hic, c’est qu’ils proviennent de milieux différents sinon totalement opposés : Désirée est bibliothécaire, très instruite, une caricature de «gauche caviar», aux goûts épurés et aux plaisirs sophistiqués. Benny est agriculteur et dépendant de 24 vaches laitières. Un brin rustique, il préfère le kitsch et les plaisirs simples du genre ‘boulettes de viande’, et les chiures de mouches sur les murs de sa cuisine ainsi que les napperons brodés en point de croix par sa mère ne l’indisposent guère !

Le problème qu’ils ont en commun : une énorme solitude ! A 35 ans, chacun commence à se poser des questions sur la suite de sa vie. Or, les réponses entrevues ne leur plaisent pas forcément.

Mystérieusement attirés par l’autre, leur histoire sera au début une histoire de sexe, avant de devenir une histoire d’amour. Ils vont essayer de faire un bout de chemin ensemble, mais ce chemin est semé d’embuches, comme on dit… 

Il est beaucoup question de «choc culturel» entre Orient et Occident de nos jours… Inutile de chercher si loin ce que nous pouvons trouver juste devant nos yeux, car le choc culturel entre une intellectuelle citadine et un paysan crasseux et légèrement fascisant s’avère tout à fait détonant. Chacun est ancré dans ses certitudes, ses préjugés. Aucun des deux ne peut (ou ne veut) accepter le mode de vie de l’autre, s’y trouvant complètement déplacé. Seuls à deux, et l’affection aidant, ils arrivent à trouver (grâce à l’humour justement) un terrain d’entente à l’équilibre fragile, mais la situation déraille dès lors qu’une troisième personne surgit, que ce soit un ami de Désirée ou de Benny, pour agir comme un filtre et mettre en évidence l’antagonisme fondamental qui les sépare… 

(C’est Désirée qui parle) «Nous n’avons absolument pas essayé de jeter des passerelles au-dessus des ravins, nous avons cherché à nous y précipiter mutuellement. Peut-être espérions-nous tous les deux des miracles. J’attendais de le voir admettre qu’il avait une âme, lui attendait sans doute qu’un tablier me pousse sur le ventre pendant la nuit Et nous luttions vaillamment, parce que la force d’attraction entre nous était toujours tellement forte que nous avions l’impression de pouvoir basculer à tout moment dans un trou noir. Le revers de la médaille était évidemment que nous nous disputions aussi plus âprement qu’il m’est arrivé de le faire avec quiconque.»

Les deux sont lucides sur l’impossibilité d’un avenir commun, mais ils s’aiment ! Franchement, on souffre avec eux ! On voudrait qu’ils s’entendent ; qu’ils fassent les concessions nécessaires ; qu’ils prouvent à tout le monde que c’est possible !!!

A vous de découvrir comment cela se termine !

 

(traduit du suédois par Lena GRUMBACH et Catherine MARCUS ; paru en format poche en 2009 chez BABEL)