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(par Alexandra)

 

Une fois n’est pas coutume ! C’est moi, et non pas Annabelle, qui vais parler d’un manga ! Ou plutôt d’un man hua, version chinoise du manga japonais.

Il s’agit du premier tome de la série «My way» d’une jeune Chinoise dont le nom d’artiste est Ji Di. Annabelle a ramené ce volume (dédicacé !) de la Japan Expo, et j’y ai jeté un coup d’œil par curiosité.

Première impression ? Diable ! Rien à voir avec les mangas qui encombrent les étagères de la chambre d’Annabelle ! Etonnement devant un graphisme volontairement simplifié à l’extrême, devant des personnages stylisés, sans visage, avec de grands trous noirs à la place des yeux ; devant l’absence totale d’action ; devant les couleurs aussi, des couleurs pastels… une différente pour chaque histoire… 

J’ai donc commencé à lire la première histoire (le volume en contient sept) intitulée «Only»… humm… certes, vu de loin, cela s’apparente à de la guimauve adolescente aux éternels thèmes romantiques peu originaux (amour, recherche de bonheur, déception…)

Toutefois, chose inhabituelle, chaque histoire en images est suivie d’une petite histoire en prose qui n’excède pas deux, trois pages… et c’est là que je commence à comprendre : les BD constituent des canevas de pensée, des schémas de comportement, des cas de figures de validité universelle, des trames abstraites de morale dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître. Pas de personnalisation ici, pas de faits situationnels, mais des personnages vides, «vierges», flottant dans l’espace et le temps… au lecteur de les «remplir», de leur donner un nom, un visage, de les insérer dans un contexte particulier, de les faire exister… c’est aussi ce que fait Ji Di dans les récits qui suivent les BD : les petits personnages oniriques prennent vie, s’insèrent dans un contexte social, expriment leurs aspirations, poursuivent leurs objectifs et tirent les leçons de leurs échecs…
Ces récits sont toujours précédés d’une phrase ou devise de facture toute confucéenne («Le cactus est couvert d’épines, mais il recèle en son sein un liquide onctueux») qui nous mettent sur la voie de l’introspection. Bien que de qualité inégale, quelques uns trouvent un très joli ton, douloureux, nostalgique (allez, j’ose : durassien !), un ton poétique qui rappelle par endroits la poésie orientale naïve, d’inspiration bouddhiste. Mais s’il est vrai que cette naïveté m’insupporte souvent (v. mes billets sur Miyazawa ou Fukazawa), il y a ici un côté «petit prince» en plus, qui fait que je l’apprécie beaucoup.

 

 (édité par XIAO PAN)

 

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