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J’ai fait confiance à Actes Sud (une fois de plus) pour ce deuxième roman d’un auteur français dont je n’avais pas encore entendu parler. Et j’ai bien fait !
La quatrième de couverture promet une «véritable épopée psychédélique»… en effet, c’est la définition qui convient !
Le narrateur, c’est Ernesto-Léon (prénom digne d’un héros de Paul Auster !!!), et il est né le 3 février 1969, «neuf mois jour pour jour après le déclenchement de leur grand bazar»…  On l’aura compris : le pauvre bonhomme est le rejeton de parents activistes soixante-huitards, marqué à vie, non seulement par son prénom, mais surtout par l’idéologie parentale qui ne lui laisse d’autre choix (pour s’affirmer) que de prendre violemment le contre-pied… de devenir, comme il dit, «une incarnation vivante des rêves mort-nés» de leur génération, un «éléphanteau apolitique», un matérialiste cynique et réactionnaire.
En froid avec ses parents, il concède néanmoins, sur les insistances de sa compagne allemande Eva, à partager avec eux un dîner pour leur annoncer qu’ils seront grands-parents incessamment sous peu…
Ce dîner sera le point de départ de notre «épopée psychédélique», car buvant bien plus que de raison, Ernesto-Léon se trouve plongé dans un coma éthylique… l’occasion d’explorer en profondeur son subconscient…
Il rêve. Il retourne à ses propres origines, à l’époque de sa conception, devenant tour à tour acteur ou spectateur/commentateur des événements.
C’est le lieu de toutes les confusions ; confusion de sa propre personne avec celle de son géniteur ; confusion entre sa mère et sa compagne Eva (scènes plutôt cocasses à l’appui !) ; entre son enfant à naître et lui-même revenu à l’état fœtal…
Il est vrai que parfois, on se fatigue un peu à suivre les méandres loufoques de cette histoire, et j’avoue que quelques unes des pages m’ont lassée. Or, dans l’ensemble, le plaisir de lecture est immense ! Quelle langue ciselée, puissante, truculente, truffée de jeux de mots les uns plus drôles que les autres… pour ne pas parler du foisonnement d’imparfaits du subjonctif…  c’est jouissif ! Quel savoureux délire érotico-politique fondé sur une solide connaissance de l’époque, avec des coups de griffe, des coups de gueule politiquement très, très incorrects ; avec aussi des évocations irrévérencieuses de personnages désormais historiques et intouchables…  une grosse claque pour tous les révolutionnaires passés à la gauche caviar…
Je me suis demandée plus d’une fois si c’était du lard ou du cochon, si l’auteur était réellement aussi réactionnaire que son personnage, mais j’ai décidé de prendre ce roman au deuxième degré (et je crois l’auteur trop intelligent pour le premier), et dans ce cas, c’est tout bonnement rafraîchissant !

(paru chez Actes Sud)