loe___doppler

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(par Alexandra)

J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman qui, à première vue, me semblait être une sorte d’avatar de Paasilinna. Mais en me forçant un peu et en avançant dans ma lecture, je suis arrivée à la conclusion (qui n’engage que moi, bien sûr) que c’est bien plus décapant que ce que j’ai pu lire de Paasilinna. Bien plus piquant, et parfaitement politiquement incorrect, ce qui n’est pas pour me déplaire !

Doppler se révèle un franc-tireur contre la pensée «comme il faut«  de la middle-class de son pays, la Norvège ; contre cette «application» à toujours respecter les règles, qui implique la mise au ban de tous ceux qui les transgressent. Il dit ne pas aimer ces gens ni cette «repoussante douceur de vivre norvégienne qui nous autorise à être le peuple le plus sympathique et en même temps le plus égoïste du monde». C’est pourquoi, après un violent coup à la tête lors d’un accident de vélo, il se sent obligé de rompre avec femme, enfants, boulot pour s’exiler dans une forêt aux abords d’Oslo où il plante sa tente. La seule compagnie qu’il tolère est celle de « Bongo », un bébé-élan qu’il adopte après avoir tué sa mère pour avoir de quoi se nourrir. C’est avec lui qu’il dialogue, nous livrant par la même occasion ses états d’âme et ses considérations sur son époque, son pays, la société, l’importance du lait demi-écrémé et la manière d’apprendre le loto animalier à un élan …

Tout cela est le plus souvent hilarant, loufoque, la dérision alternant avec des situations grotesques à souhait. Tout le monde en prend pour son grade. Doppler n’a peur de rien ni de personne ! Il n’hésite pas à cambrioler une maison pour satisfaire son envie de chocolat, et lorsqu’un «mec de droite» menace de le faire déloger, il lui tire une flèche dans la cuisse sans le moindre remords, s’étonnant seulement d’avoir atteint sa cible. Il empêche son fils d’apprendre à lire pour le préserver de la civilisation. Et pour qu’il assiste à l’accouchement de sa femme, son beau-frère doit l’anesthésier et le ramener littéralement par la peau des fesses. Mais ce nouvel enfant ne le fera pas changer d’avis…

On passe un bon moment ! Et on nous promet une suite de ses aventures…

 (traduit du norvégien par Jean-Baptiste COURSAUD et paru aux éditions 10/18)