Sansal___village

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(par Alexandra)

Malrich Schiller, fils d’un Allemand et d’une Algérienne, né dans un village aux fins fonds de l’Algérie, vit dans une «cité» classée ZUS-1 («zone urbaine sensible de 1ère catégorie»). Il tombe des nues un jour en apprenant le suicide de son frère aîné Rachel (contraction de Rachid+Helmut !) qui s’en était pourtant sorti. Comprenez : sorti de la cité, bel emploi, belle femme (française), une petite maison… Une fois l’enquête de police close, le commissaire du quartier remet à Malrich le journal de Rachel. Et c’est le deuxième choc : «Dès que j’ai commencé à lire, j’avais envie de hurler
Malrich comprend très vite que l’histoire que Rachel raconte dans son journal est aussi sa propre histoire, l’histoire de sa famille, le passé de son père. D’emblée, Malrich est conscient qu’il devra suivre la même voie que son frère, se poser les mêmes questions tout en essayant de survivre là où son frère a échoué. Nous ne sommes qu’à trois pages du début du roman !
Nous apprenons par le journal de Rachel que les parents (qui étaient restés au pays) ont été massacrés par des combattants du GIA, en 1994, là-bas à Ain Deb, en Algérie. Ressentant le besoin de se recueillir sur leur tombe, Rachel s’y rend pour découvrir que son père était devenu un notable estimé du village ; qu’il s’était converti à l’Islam et avait pris la nationalité algérienne ; qu’il avait participé à la guerre de libération aux côtés de Boumediene. Or, Rachel trouve dans la maison parentale une vieille valise remplie de documents concernant la «première vie» de son père qui ne laissent aucun doute : son père était un ancien officier SS, un criminel de guerre maintes fois décoré pour sa contribution non négligeable à l’extermination des Juifs !

 

La vie de Rachel bascule. Désormais, il mettra tout en œuvre pour faire la lumière.  Il veut tout savoir. Tout, jusqu’aux détails les plus macabres et les plus douloureux ! L’Holocauste deviendra son obsession, et sa vie une descente aux enfers jusqu’au geste final par lequel il pense payer pour son père et ses victimes…
Certes, l’histoire de l’ancien nazi, la question de la culpabilité des enfants, tout cela n’est guère nouveau.  Pourtant, pour moi, ce livre-ci relève du brulot. Non seulement il est écrit par un Algérien, résidant en Algérie (le livre y est interdit, d’ailleurs, d’après ce que j’ai pu apprendre), et l’on ne peut pas dire que les livres sur la Shoa écrits par des Arabes musulmans soient légion… !!! Mais cela ne s’arrête pas là. L’Algérie, son gouvernement, ses gouvernements successifs, en prennent pour leur grade : pour avoir accueilli d’anciens nazis comme conseillers militaires ; pour ses méthodes policières comparables à celles de la Gestapo (p. 197 ; 251) ou ses manipulations opaques (qui a tué les parents de Rachid ? Le GIA ou le gouvernement ????...), les jeunesse du FLN devenant les «Flnjugends» (p. 191)… Et ce n’est toujours pas tout ! Car l’auteur n’a pas peur de s’attaquer à ce qui peut devenir dangereux pour sa propre personne (les exemples ne manquent pas): les islamistes, et «l’islamisation» des cités en France… Quand Malrich renvoie dos à dos «peste brune» et «peste verte» et qu’il statue que «l’islamisme et le nazisme c’était du pareil au même», décrivant le climat de peur et de suspicion qui règne dans  «sa» cité sous haute-surveillance (religieuse et non pas policière !), je prends peur, me disant (avec l’auteur) qu’il faudrait peut-être agir tant qu’il est encore temps, mais n’ayant pas la solution au problème, il ne me reste qu’à murmurer tout bas que ce livre n’est décidément pas à mettre dans la main de quelqu’un d’extrême-droite !!! 


Renseignement pris sur l’auteur, je dois ajouter que ce roman n’est pas sa première attaque en règle contre le gouvernement algérien, contre les islamistes… au contraire… il a du cran, Monsieur Sansal, chapeau !

 

(paru en 2008 et publié chez Gallimard)