Ishiguro___orphelins

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(par Alexandra)

 

Malgré son nom aux consonances plutôt nipponnes, Kazuo ISHIGURO est un authentique écrivain britannique. Non seulement par sa  nationalité, mais aussi en raison des sujets traités dans ses romans et qui fleurent bon les belles demeures anglaises et les majordomes
Dans cette société coloniale aux codes très stricts, j’ai retrouvé du Somerset Maugham… Or, quel ne fut mon étonnement en découvrant l’année de naissance de l’auteur : 1954 ! D’où peut-être mon impression de littérature un peu surannée
Certes, le roman m’a paru intéressant, mais aussi assez inégal et peu convaincant dans sa dernière partie.
Le narrateur, Christopher Banks est né dans la Concession Internationale de Shanghai dans les années 1910/20, et il y passe les dix premières années de sa vie. Son père travaille pour une grande compagnie britannique qui s’enrichit avant tout grâce au commerce de l’opium. Sa mère, femme de principes et de compassion, n’a cesse de dénoncer ce trafic abject et ses effets dévastateurs sur la population chinoise. Conséquence : les deux parents disparaissent du jour au lendemain sans laisser de traces…
Le jeune Christopher est rapatrié en Angleterre où il grandit dans un internat. Il choisit une profession qui (paraît-il) jouit d’un grand prestige : il devient détective privé et connaît rapidement une grande popularité. Quinze ans plus tard, il décide de s’embarquer pour Shanghai pour y rechercher ses parents. Nous sommes en 1937, en pleine guerre sino-japonaise…
Voilà pour le cadre historique et une amorce d’intrigue tout à fait alléchante… la lutte de la mère en faveur des Chinois ; la prise de conscience progressive du père qui aboutit au refus de jeter les Chinois dans l’opium ; quelques remarques tout à fait clairvoyantes à propos de la désuétude de cette société de la Concession Internationale, ce microcosme complètement à côté des réalités de son époque ; des personnages secondaires comme Akira, l’ami d’enfance d’origine japonaise, qui se retrouve culturellement entre deux chaises et finit rejeté par ses compatriotes ultranationalistes… il y a tellement de choses en filigrane ! Et justement ! Le filigrane reste filigrane ! Rien n’est vraiment approfondi, développé. On voudrait en savoir plus sur le conflit qui oppose le père à la compagnie pour laquelle il travaille (car on se dit que ce serait peut-être bien elle qui l’a fait taire par des moyens peu orthodoxes… !!!). On voudrait en savoir plus sur le combat de la mère en faveur des Chinois. Mais non : les parents sont enlevés et cela s’arrête là ! Pire : beaucoup plus tard on apprend que c’est un seigneur de la guerre qui les a kidnappés ! Bof ! Comme c’est banal ! On est déçu ! On souhaiterait en entendre davantage sur les implications politiques de cette Concession Internationale, mais rien de cet ordre-là. Les habitants boivent et jouent dans les maisons de jeux. On voudrait des précisions sur les difficultés que l’ami Akira a rencontrées au Japon, sur la montée du nationalisme japonais. Mais non. Là aussi, il n’y a que quelques allusions. Et alors le pompon du ridicule est atteint lorsque notre Christopher croit avoir identifié la maison où soi-disant ses parents sont retenus (depuis 15 ans !) : tel Fabrice del Dongo à Waterloo il navigue sans rien comprendre
au milieu de la zone de combat de la tristement célèbre Bataille de Shanghai, ballotté d'un camp à l’autre… totalement naïf, avec comme seul but d’atteindre cette maison, il erre sans même vraiment savoir qui se bat et pourquoi, abandonnant au passage et sans remords une dulcinée pour laquelle il était sur le point de renoncer à son statut social! Cela frise le grotesque !
Je ne nie pas qu’il y a quelques moments touchants dans ce roman, mais franchement, ce que j’en ai retenu, ce sont toutes ces pistes inexploitées, ces réflexions sans approfondissement, des personnages sans réelle utilité, une naïveté à toute épreuve… bref, je garde un goût d’inachevé !
Somerset Maugham m’avait séduite bien plus que cela
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(paru en format poche chez FOLIO)