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(par Alexandra)

Appel à tous ceux qui aiment à bouffer du curé ! Ce livre confirme une fois de plus que la religion est une invention qui peut faire beaucoup plus de mal que de bien !
Visiblement autobiographique, ce premier roman de Shalom Auslander se révèle un règlement de comptes sévère avec la religion juive. «Victime de violences théologiques», c’est ainsi que sa femme Orli explique ses troubles psychologiques. Et à lui de préciser : «Maltraitance théologique : c’est une expression qui est entrée dans le vocabulaire courant. Elle désigne des adultes qui racontent à leurs victimes mineures que le monde est gouverné par un Cinglé dont le seul but est de les fliquer, et d’attendre qu’elles enfreignent l’une de Ses lois

Shalom, ressortissant d’une communauté juive TRES orthodoxe de l’état de New York,  fait partie de ces victimes, peut-être même encore un peu plus que ses camarades. Et en 300 pages, il nous conte son calvaire : son enfance baignée par les lois de la religion, son adolescence qui le voit se rebeller à grands coups de Hot Dogs, de marijuana, de pornographie et de masturbation, le début de l’âge adulte avec la rupture, mais aussi un sentiment de culpabilité omniprésent et profondément ancré en lui, accompagné de la conviction que Dieu le punira…
C’est l’annonce de la grossesse de sa femme qui déclenche le récit, car une question cruciale s’impose aussitôt à Shalom: que faire si le bébé est un garçon ? Circoncire ou ne pas circoncire ? Renouer avec cette religion qu’il a eu autant de mal à combattre ? Retourner dans le giron de cette famille asphyxiante qu’il a difficilement réussi à bannir de sa vie ?
Les propos sont graves. Mais rassurez-vous, le ton ne l’est pas ! Au contraire. Shalom Auslander représente un beau fleuron de l’humour juif ! Un petit passage pour vous mettre l’eau à la bouche :

(Il est question de masturbation…) «Quand j’étais jeune, on m’a raconté qu’après ma mort, à mon arrivée au ciel, les anges me conduiraient à un immense musée rempli de tableaux que je n’aurais jamais vus de mon vivant, des tableaux créés par tous les spermatozoïdes artistiques que j’aurais gaspillés dans ma vie. Puis les anges me feraient entrer dans une grande bibliothèque remplie de livres que je n’aurais jamais lus, écrits par tous les spermatozoïdes littéraires que j’aurais gaspillés dans ma vie. Ensuite, les anges m’emmèneraient dans une vaste maison de prières où se presseraient des centaines de milliers de juifs en train de prier et d’étudier, juifs qui seraient venus au monde si je ne les avais pas tués, gaspillés, épongés avec une chaussette sale au cours de ma répugnante et inutile existence. (Une éjaculation contient environ cinquante millions de spermatozoïdes. A peu près neuf Holocaustes à chaque branlette. Lorsqu’on m’a dit ça, je venais d’atteindre la puberté, de sorte que je commettais en moyenne trois ou quatre génocides par jour)… »

 Ce passage se situe au début du livre. Il est vrai qu’on est hilare la plupart du temps…. Mais assez imperceptiblement, le ton change : il devient agressif, violent, haineux… toujours vis-à-vis de la même «personne», c’est à dire Dieu… Shalom ne cesse de dialoguer avec lui, de le provoquer, de deviner ses réactions, de lui faire des pieds de nez, de l’envoyer se faire foutre…
Certains ont comparé Auslander à Woody Allen… oui, pour le fond «psy», mais je trouve que Woody Allen est carrément «léger» en comparaison. Ici, on reste sans voix devant la torture que la religion peut infliger à ses adeptes. A la fin, je n'avais plus envie de rire du tout!

(traduit de l’américain par Bernard COHEN et paru en format poche chez 10/18 « Domaine étranger)