duff___un_p_re_pour_mes_reves

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(par Alexandra)

C’est l’histoire d’un gamin Maori de Nouvelle-Zélande, ou plus précisément, d’un gamin mi-Maori mi-afro-américain car conçu lors des amours adultères de sa mère avec un GI stationné pendant quelques semaines en Nouvelle-Zélande avant d’être envoyé au front.  Rejeté par le mari de sa mère, le jeune Yank (c’est ainsi que les habitants de son village le surnomment)  imagine son vrai père (dont il ignore tout)  comme un demi-dieu à mi-chemin entre John Wayne et Elvis Presley (!)... C’est la béquille qui l’aide à tenir debout. La désillusion sera d’autant plus éclatante le jour où il apprendra que son père fait partie de ces misérables «descendants d’esclaves» du sud des Etats-Unis. Il ira quand même à sa rencontre.
Le récit s’étire sur une vingtaine d’années, de l’après-guerre jusque dans les années 60. Dans la 1ère partie, ce sont alternativement Yank, sa mère et un narrateur omniscient qui racontent ; dans la 2è, qui se passe aux Etats-Unis, la mère est remplacée par Jess, le vrai père. Les perspectives changent donc, et avec elles aussi les points de vue, les expériences et les réflexions. Rien de réellement exceptionnel dans la destinée de Yank, mais tout de même une vie un peu hors du commun pour un habitant de ce village indigène de Waiwera, connu pour ses eaux thermales qui jaillissent du sol à 52° (je me suis renseignée !!!). Plus intelligent et moins enclin à la violence (machiste) et l’alcool (encore que…) que la majorité de ses camarades, Yank s’en sortira grâce à la musique (et son dieu Elvis !)
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C’est un livre instructif qui nous apprend beaucoup de choses sur les conditions de vie des Maoris de Nouvelle-Zélande : tout n’est pas rose, l’inégalité entre blancs et gens de couleur existe, mais mesurée à l’aune de la ségrégation raciale pratiquée dans le Mississippi (état où vit Jess, le père), Yank respire sur sa terre natale. Il le souligne plusieurs fois : dans son pays, blanc et Maoris sont égaux en droits, et tout Maori décide lui-même de ce qu’il veut faire de sa vie. Néanmoins Yank, (et derrière lui certainement l’auteur lui-même à moitié Maori), est très critique avec ses congénères qu’il estime trop passifs, trop assistés ou alors trop empreints d’un orgueil révolu de guerrier tribal pour pouvoir s’en sortir réellement.
Un livre très intéressant donc, avec quelques personnages finement dessinés et …. des descriptions de paysages qui donnent envie de prendre sur le champ l’avion pour la Nouvelle-Zélande !

(traduit de l’anglais par Pierre Furlan et paru chez Actes Sud)