L____les__vangiles_du_crime

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(par Alexandra)
Une lecture qui m’a laissée quelque peu dubitative…
Ils sont au nombre de quatre, ces «Evangiles du crime». Quatre récits dont chacun a pour titre le nom d’un ou d’une suicidé(e) ou d’un criminel. L’auteure va nous raconter leur vie, ou du moins les circonstances qui les ont poussés à commettre le geste fatal. Sans pitié, elle dissèque leurs relations au monde, leurs blessures, leur déchéance. Reeves C (personnage réel, puisqu’il s’agit du mari de l’écrivaine Carson McCullers), le Professeur T., Klara W. et Vinh L. sont autant d’exemples de ce que l’homme peut subir ou faire subir à d’autres hommes. Ils nous rappellent l’incroyable complexité des rapports humains, leur force destructrice.
L’histoire de Reeves C. est celle d’un «holocauste des atomes», une «histoire d’amour destinée à l’abattoir», bref, de la rencontre de deux personnes qui représentent chacune le double de l’autre ; rencontre fatale,car , selon la théorie de l’auteure (qui transparaît grâce à de savants artifices de narration), «il ne faut pas aimer son double, car c’est un amour qui naît d’un oubli momentané de la haine qu’on a pour soi
C’est cela, oui !... Disons que j’aurais préféré lire l’histoire d’amour entre Reeves et Carson sans ce genre de réflexions fumeuses. Vous l’avez compris : je n’ai pas adhéré du tout !
Et pour anticiper sur l’ordre chronologique des récits, je n’ai pas non plus aimé le dernier, celui qui nous rapporte le crime de Vinh L., coupable d’anthropophagie. C’est en fuyant son pays sur un radeau avec d’autres boat-people, qu’ il a dévoré l’un d’eux au lieu d’accepter de mourir de faim…
Par contre, j’ai beaucoup apprécié le «Professeur T.» et «Klara W.», deux destins qui baignent dans une cruauté sans nom ; des psychodrames familiaux dignes d’un film de Bergmann ! Ce professeur est un personnage à facettes multiples, sorte de Jekyll et Hyde, dont l’approche se fait de manière habile au moyen de témoignages de « l’intérieur » et de l’ « extérieur ». Il nous semble détestable pour pousser son fils au suicide et sa femme à l’asile et pourtant, il ne hait personne plus que lui-même…
L’histoire de Klara W. est certainement celle qui m’a touchée le plus. Enfant martyre, Klara est convaincue, à l’âge adulte, de vivre «à l’ère de l’extinction des sentiments». C’est dans le froid absolu qu’elle poursuit sur elle-même l’œuvre de destruction systématique entreprise par sa mère…
Les thèmes du double, du miroir servent de fil rouge à l’ensemble de ces récits. C’est intéressant, certes, mais en même temps, l’auteure étale un peu trop sa grande érudition, et cela m’a passablement agacée…
Donc, à vous de juger par vous-mêmes !

(paru aux Editions Christian Bourgois)