Hagena - Apfelkerne(par Alexandra)

« Le goût des pépins de pomme » …à y réfléchir, le titre donne une idée de ce que livre va nous dévoiler: une histoire somme toute assez banale, mais qui nous rappelle que les choses les plus simples ont une saveur, une odeur, un aspect, une texture ou un son propres qui agissent parfois comme un filtre pour nous ramener en arrière et nous aider à nous souvenir, à retrouver des sensations enfouies ou oubliées. Je pense que tout le monde a fait cette expérience-là, que tout le monde tombe à un moment donné sur sa madeleine.

Iris, la narratrice, revient après de longues années d’absence dans le nord de l’Allemagne, près de Brème, pour assister à l’enterrement de sa grand-mère. Contre toute attente, elle se voit hériter de la vieille maison familiale où, enfant puis ado, elle a passé toutes ses vacances. Après l’enterrement, elle décide d’y rester seule quelques jours pour explorer les traces laissées par le passé, pour replonger dans ses souvenirs, revenir à des endroits qui avaient autrefois marqué sa vie et se remémorer les petits et les grands drames qui ont agité la famille. C’est ainsi qu’Iris nous évoque son histoire, mais aussi celle de ceux qui ont habité la maison avant elle : sa mère, ses tantes, ses grands-parents… les pommes, les pommiers, en constituent en quelque sorte le leitmotiv.

J’ai aimé ce roman qui m’a procuré un sentiment douillet de bien-être (le grand drame familial de la fin mis à part, bien sûr). Suivre cette femme qui revient sur les lieux de son enfance, respirer avec elle les odeurs des pommes, groseilles, aromates, boiseries, tiroirs, armoires ; retrouver avec  elle les bruits familiers de la maison, des escaliers, portes, robinets ; toucher le tissu de vieilles robes, broderies, dessus de lit, ustensiles de cuisine ou de jardin ; observer les grands arbres, pommiers, tilleuls, les rosiers grimpants, les massifs de fleurs envahis par les mauvaises herbes ; sentir la chaleur de l’été extérieur et la fraîcheur des vieilles dalles en pierre de la cuisine… j’ai été touchée et je me suis totalement reconnue dans cette rencontre avec le passé.

Au détour d’un poulailler, la grande Histoire fait irruption dans la petite histoire familiale quand Iris tombe sur le passé nazi de son grand-père et ses conséquences. Mais plus important pour elle, l’ombre jetée par la maladie d’Alzheimer de la grand-mère et la déchéance mentale qu’elle a entraînée en même temps qu’une multiplication de petits billets pense-bêtes… billets qui reflètent la progression de la maladie : nombreux et assez clairs au début, leur nombre diminue au fur et à mesure, et les inscriptions deviennent de plus en plus singulières jusqu’à ne plus comporter que le seul prénom de la grand-mère, Bertha, « comme si elle devait s’assurer qu’elle était encore là. » Ces passages sont assez poignants, mais sans aucun misérabilisme ou apitoiement.

Donc, ne vous retenez surtout pas si ce livre vous tente !

(traduit admirablement de l’allemand par Bernard KREISS, et paru en format poche chez LdP)