humbert___avant_la_chute(par Alexandra)

J’ai découvert Fabrice Humbert avec son roman « L’origine de la violence » ; roman qui m’avait passablement ébranlée. C’est donc avec impatience que j’ai abordé ce « cru 2012 », « avant la chute » (avec un a minuscule, svp !)…

Il est clair que ce n’est jamais bon quand on attend beaucoup d’un livre ou d’un film ! Inconsciemment, on est trop exigeant. Et c’est peut-être ce qui m’est arrivé ici, car je suis restée un peu sur ma faim…

De quoi s’agit-il ? De trois romans en un, en fait. Fabrice Humbert nous raconte trois histoires distinctes en les alternant. L’élément qui les relie à première vue, c’est la drogue.

C’est en raison de l’implication de leur père dans la culture de la coca que Norma et Sonia sont obligées de quitter leur pays, la Colombie, pour se mêler à ces hordes de clandestins qui cherchent à passer la frontière des Etats-Unis depuis le Mexique. C’est en raison de l’influence croissante des cartels de la drogue que le sénateur mexicain Fernando Urribal voit disparaître son pouvoir, voit son monde basculer. Et pour finir, c’est le trafic de drogue qui nourrit la famille de Naadir, jeune beur d’une banlieue difficile en France (qui ressemble comme une goutte d’eau à la cité des « 4000 » à la Courneuve… tous les incidents violents de ces dernières années y compris).

Trois histoires donc, les deux premières se croisant à la fin tandis que la troisième reste sans lien direct avec les autres. Des histoires très actuelles comme on peut les lire dans les journaux quasiment tous les jours. Affligeante certes, mais sans originalité, hélas. Au cours de la lecture on se demande d’ailleurs à quoi l’auteur veut en venir. Et c’est précisément là qu’il faut s’interroger sur le titre du roman. « avant la chute », la chute de notre civilisation ? L’écroulement de notre monde ? La fin de nos valeurs ? Faut-il interpréter ces trois histoires comme autant de signes précurseurs de grands changements dans l’ordre mondial ? Quelque soit le continent, ce ne sont plus les gouvernements qui nous gouvernent, mais l’argent, et qui plus est, l’argent « facile », celui du narcotrafic globalisé, de la corruption … de la haute finance aussi, comme nous le constatons depuis quelque temps (même si ce n’est pas le sujet du livre ici…). Le monde entier perd les pédales ! La critique est acerbe.

Je l’ai dit au début, le roman ne m’a pas passionnée. Je n’ai jamais ressenti de véritable émotion. Mais il n’empêche qu’il y a des pages très pertinentes, surtout dans la description des incidents violents qui secouent régulièrement nos « quartiers ». En tant qu’Amiénoise, et après les événements qui ont secoué notre ville pendant cet été 2012, je ne peux que m’interroger sur les propos d’un des jeunes de la « cité » qui livre bataille contre la police:

« On est une énergie immense. On est jeunes, on est nombreux et on a de l’énergie. On peut faire beaucoup et il n’y a rien à faire. Personne ne bosse, personne n’a rien à faire. On est là, on attend, on regarde la télé mais on veut tout. On est des désirs, on est de l’énergie et on ne sait pas comment faire. On ne réclame que la justice. Les autres ils ont out et nous on a rien. On attend. On est à côté et pas là où il faudrait, pas au centre. Alors, ce que j’ai voulu […] c’est montrer qu’on était là et qu’on ne voulait plus attendre. Que cette énergie était là pour agir. Pas pour user notre vie. » (p. 254)

Le roman n’apporte pas de réponse, évidemment. Mais il nous fait comprendre (si l’on ne l’avait pas déjà compris) qu’il y a urgence ; urgence de trouver des solutions, de nouvelles visions, de nouvelles orientations politiques pour sauver les valeurs de notre société en déliquescence.

(paru aux éditions Le Passage)