Deck - Viviane Elisabeth Fauville

(par Alexandra)

Un premier roman édité par les prestigieuses Editions de Minuit… toute la presse en parle, et inévitablement, on en attend beaucoup, les exigences se hissent à la hauteur de l’événement… C’est dommage, car sans l’effet d’annonce, j’aurais certainement trouvé ce premier roman très bien. Mais grâce aux éloges qui m’ont incitée à l’acheter le jour même de sa sortie, je me retrouve un peu déçue…

L’histoire n’est pas nouvelle : c’est celle d’une femme qui déraille à un moment donné de sa vie, qui ne supporte plus son quotidien ; qui ne veut plus être une toute petite roue dans un grand engrenage ; qui refuse de ne pas avoir le choix, d’être « esclave de la nécessité ».

Viviane Elisabeth Fauville, 42 ans, a fait des études, une belle carrière professionnelle. En revanche, elle n’a trouvé l’âme sœur que sur le tard. Au début du roman, son mari vient de la quitter pour une autre femme après un mariage de deux ans dont elle avoue qu’il a été désastreux. Pourtant, ils ont une petite fille de trois mois, Valentine (il me semble que son nom n’est cité qu’une fois… en général, il est question de l’  «enfant») que Viviane a prise avec elle et qu’elle refuse de partager avec son mari.

Viviane est en perdition. Depuis une crise d’angoisse avec perte de connaissance dans le métro parisien il y a quelques années, elle est suivie par un psychiatre-psychanalyste qui l’agace prodigieusement, car elle n’a nullement l’impression que sa santé le préoccupe. Après un nouveau «black-out» et un ultime appel à l’aide qui finit comme d’habitude en dialogue de sourds, elle poignarde son psy. Puis, elle retourne à son enfant, son nouvel appartement, ses occupations quotidiennes …Et elle commence à élaborer avec une extrême froideur des plans pour ne pas être suspectée du meurtre. Elle passe en revue tous les scénarios possibles et cherche à parer à toutes les accusations. Chacun de ses gestes est rapporté avec une précision maniaque : horaires, rues, stations de métro, trajets dans Paris… Elle suit avec minutie la progression de l’enquête policière et ne peut s’empêcher d’entrer en contact avec les suspects successifs, n’hésitant pas à donner des somnifères à son bébé pour ensuite le laisser seul à la maison.

Certes, le lecteur est d’entrée de jeu au courant des «problèmes» de Viviane, mais ce n’est que progressivement qu’il se rend compte que son état mental est très gravement dérangé et que les choses ne se présentent pas forcément comme Viviane les voit. Car c’est elle qui nous raconte son histoire, utilisant de préférence la 2è personne du pluriel, ce qui induit une grande familiarité entre narrateur et lecteur en même temps qu’une certaine distance. On a l’impression de vivre l’histoire de l’intérieur tout en restant un observateur extérieur. Mais ne serait-ce pas exactement ce que ressent Viviane elle-même ? Elle agit, et parallèlement elle se voit agir comme si elle était étrangère à ses propres actes. C’est peut-être ce qu’elle veut nous faire comprendre lorsqu’elle dit habiter son corps «par si brèves intermittences» (p. 101). Elle perd la notion du réel…

Le personnage de Viviane et la construction de l’intrigue sont certes intéressants et à creuser, c'est hors de doute ; le roman se lit très vite ; mais rien ne m’a touchée, je n’ai ni adhéré émotionnellement (ce que j’aime bien tout de même quand je lis...) ni trouvé mon compte de surprise, nouveauté ou originalité. En fait, j’ai attendu jusqu’au bout qu’enfin quelque chose d’inattendu se produise… et non, tant pis pour moi et ma faim de "sensationnalisme" !

Donc voilà, je l’ai mentionné plus haut: à trop vanter certains « produits », les « promoteurs » finissent par leur causer des torts !

(paru en 2012 aux Editions de Minuit)