Erdrich - Maîtres-bouchers

(par Alexandra)

 C’est le deuxième roman que j’ai lu de Louise Erdrich après « Ce qui a dévoré nos cœurs », et je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si totalement différent. La thématique des Indiens d’Amérique qui avait profondément inspiré le premier n’apparaît ici qu’accessoirement, et encore seulement tout à la fin…

Mais tant mieux si cette auteure est capable de se « diversifier », de ne pas se cantonner à un genre particulier, de ne pas se laisser enfermer dans la catégorie « littérature indienne »…

Ceci dit, j’ai aussi beaucoup aimé ce roman-ci, bien qu’un peu moins que le premier tout de même.

Dans ses remerciements à la fin, Louise Erdrich précise que son grand-père avait été un boucher allemand qui s’était battu dans les tranchées du côté allemand pendant la Première Guerre mondiale, et c’est visiblement le point de départ de cette histoire, même si elle affirme qu’il s’agit d’une œuvre de fiction.

Le boucher ici s’appelle Fidelis Waldvogel. De retour de la guerre, il épouse Eva, la fiancée enceinte de son ami mort. Au début des années vingt, la crise économique et la pauvreté qui s’ensuit le poussent à quitter l’Allemagne pour émigrer aux Etats-Unis. Comme seul bagage, il emporte une valise pleine de couteaux de boucherie et de saucisses fabriquées par son père. La vente des saucisses financera son installation dans la ville d’Argus, dans le Dakota du Nord, où il ouvrira une boucherie. Pourvu d’une voix exceptionnelle, il perpétue la tradition familiale du chant en réunissant les hommes de la bourgade en une chorale, tandis qu’Eva, sa femme, s’emploie à faire prospérer la boucherie pour subvenir aux besoins de sa famille qui s’agrandit de plus en plus. En cela, elle est aidée par Delphine, une jeune artiste de cirque revenue au pays pour s’occuper de son père alcoolique. Eva et Delphine vont devenir des amies très proches, et à la mort d’Eva, Delphine continuera de veiller au destin de la famille Waldvogel…

C’est donc une grande épopée familiale qui est déroulée sous nos yeux, de 1918 jusqu’après le Deuxième Guerre mondiale, avec des thèmes récurrents : départ, retour, amour, abnégation, sentiment du devoir, deuil, douleur… et l’histoire qui est un éternel recommencement.

Il n’y a rien de sensationnel dans ce roman, tout juste les hauts et les bas d’une famille d’émigrants dans une bourgade en train de se construire et de grandir. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser parfois à la « Colorado Saga », cette épopée de James A. Michener, et ceci à double-titre, car j’ai aussi retrouvé dans les « Maîtres bouchers » un côté un peu vieillot, avec sa narration linéaire, sa construction sans recherche particulière, mais captivant d’un bout à l’autre grâce à ses personnages auxquels on s’attache vivement.

Un roman donc pour se détendre, pour passer un bon moment.

 (traduit de l’américain par Isabelle REINHAREZ et paru en format poche chez LDP)