D_blin_alexanderplatz(par Alexandra)
Une relecture. Après trente ans ! C’est incroyable, tout ce que j’en avais retenu. Mais c’est peut-être le propre des chefs-d'œuvre … car pour moi, c’en est un, c’est hors de doute. Et comme quasiment tous les chefs-d'œuvre, il est d’un abord difficile. Je dirais même qu’il me semble impossible de le lire tout seul dans son coin, sans assistance, sans guidage, sans encyclopédie. On risque d’être vite dégoûté (et  de passer à côté d'un tas de choses...)! J’ai eu la chance d’être guidée dans ma lecture par un professeur très compétent et qui a su me le faire aimer… et c’est resté un de mes livres préférés à travers les années !
J’ai vu dans divers articles qu’en France, on comparait «Berlin Alexanderplatz» avec «Le voyage au bout de la nuit» de Céline, et, à la réflexion, je suis assez d’accord avec cette comparaison, mais Döblin va beaucoup plus loin que Céline : par ses constantes références bibliques (difficiles à déchiffrer certainement pour nombre de ces enfants de païens que sont les Français !!!) et mythologiques, il donne une universalité à ses propos, une validité au-delà de l’anecdote et du cadre historique.
L’anecdote, là voici (mais ce n’est vraiment pas l’essentiel) : Berlin, les années 1920, années très difficiles en Allemagne (l’après-guerre, instabilité politique, faillite financière, chômage, pauvreté, montée du nazisme… mais aussi le Berlin expressionniste, des cabarets…). Le personnage central se nomme Franz Biberkopf («tête de castor» !), un être primitif, asocial, il vit de petits boulots et de délits. Au début du roman, il sort de prison, où il a purgé une peine de quatre ans pour avoir assassiné sa compagne dans un accès de jalousie. Et le narrateur nous met sur la piste : «le châtiment va commencer»… Car, bien qu’ayant décidé de rester honnête désormais, Franz Biberkopf devra traverser des épreuves terribles avant d’arriver à une certaine stabilité. Il doit faire l’expérience qu’il n’est pas maître de son destin !berlin_alexanderplatz
Le roman est conçu comme un énorme collage (très à la mode à cette époque : qu’on pense à Kurt SCHWITTERS, par exemple !) avec des motifs qui reviennent à l’infini : Berlin, personnage à part entière du roman et qui devient Babylone, la grande prostituée ; Job (du livre de Job de l’Ancien Testament), Adam et Eve face au serpent, Achille, Agamemnon, le «faucheur qui s’appelle la mort», des refrains de chants populaires ou comptines allemands, des chants de la SA, des images de bétail à l’abattoir, des réminiscences de prison… etc etc
MALHEUREUSEMENT, comme pour le « Malte » de RILKE, dont j’ai déjà parlé, la traduction n’est pas à la hauteur du texte original ! Pire : le traducteur a, à plusieurs reprises, carrément escamoté des passages entiers ! Je donne comme exemple la fin du Livre septième (que j’avais envie de citer, c’est ainsi que je m’en suis rendue compte !) où il manque plus d’une page! Il est vrai, bien sûr, que la difficulté de traduction est inouïe…
Donc, une fois de plus, je vous invite à apprendre l’allemand… rien que pour le plaisir de lire Döblin dans le texte original !!! C’est une raison qui vaille, non ?

(traduit de l'allemand par Zoya MOTCHANE; paru chez FOLIO)