Stephenie MEYER - Twilight (par Alexandra)
(par Alexandra)
Je viens de passer une semaine de vacances dans les montagnes du Livradois-Forez, dans un hameau perdu aux fins fonds, avec une météo absolument exécrable qui m’a obligée de me coller contre un radiateur au lieu d’aller randonner sur les Hautes-Chaumes, comme prévu… Bien sûr, je m’étais munie de trois mois de lecture, mais étant d’une humeur à l’image de la météo, aucun des livres apportés n’a trouvé grâce à mes yeux ! Aucune envie de les lire ! C’est alors qu’en m’approvisionnant dans un supermarché à Ambert, je suis tombée sur le premier tome de la saga « Twilight »… et … j’ai décidé de l’acheter malgré la promesse que je m’étais faite de ne jamais y toucher ! Et oui, tout arrive !
Et bien, première surprise : le lieu de l’action correspondait exactement à mon humeur pluvieuse ! Manque de lumière, froid, trombes de pluie, orages de grêle, forêts mouillées, mousse, lichens… j’y étais ! Le Livradois-Forez s’est transformé en la région de Forks, dans l’état de Washington, non loin de Seattle ! Et miracle : mon humeur s’est améliorée !
Je suis donc restée collée à mon radiateur, mais cette fois confortablement installée dans un fauteuil, enveloppée d’une grosse couverture, et j’ai tout lu. Tout. Oui, les quatre tomes de la saga, car je suis retournée dans le supermarché acheter les tomes restants…
Quoi en dire ? Envers et contre tous les préjugés que je m’étais forgés, j’ai passé une bonne semaine en compagnie de Bella, Edward, Jake et les autres… Voilà, comme ça, c’est dit ! J’ai fait une cure de jouvence, me souvenant de mon adolescence, des « fascinations », « tentations » et autres « hésitations » que j’ai pu éprouver moi-même… Bien sûr, c’est un peu mièvre, un peu kitsch, assez prévisible, sans audace ni deuxième degré. Mais c’est bien ficelé, bien traduit. Il faut simplement se laisser aller et retrouver ses rêves de jeune fille !
(traduit par Luc Rigoureau et édité en format poche chez LDP)
Delphine de VIGAN : Les heures souterraines
(par Alexandra)
Cela commence mal à mon goût : le personnage central va consulter une voyante… pour apprendre que le 20 mai sa vie changera !
C’est le genre d’accroches accrocheuses dont j’ai horreur ! J’ai quand même surmonté mon envie de reposer immédiatement le livre, car des copines m’ont dit beaucoup de bien de cette auteure…
En fait, c’est un roman dans la lignée des Lévi, Gavalda et autres Foenkinos ; écrit dans un style très simple, ancré dans la triste réalité d’aujourd’hui, sans implicite, sans autre message que celui formulé explicitement, saisissable pour le plus grand nombre.
Message que l’on peut résumer ici en une phrase : La vie moderne détruit l’homme.
Pour le reste, il suffit de donner quelques mots-clés pour que tout un chacun puisse aussitôt imaginer l’histoire, celle-ci ou une autre, en tous points semblable…
On essaie ?
La première ? Mathilde, 40 ans, veuve, 3 enfants, métro / RER, cadre dans une grande entreprise, victime d’harcèlement moral par un supérieur, travail = calvaire, vie ≠ vie, naufrage.
La deuxième ? Thibault, même âge, médecin urgentiste à Paris, existence vide de sens et d’affection, poids écrasant de la ville, embouteillages, rencontres désolantes avec des patients désespérément seuls.
Voilà. Vous y êtes ? Je pense que vous avez tout compris.
Personnellement, ce livre m’a prodigieusement agacée (il est vrai que je me suis mal remise du début !). En raison de son style simpliste d’une part (il me semble ne pas avoir rencontré de passé simple du tout…), et d’autre part parce qu’il se vautre dans un misérabilisme caricatural qui pousse irrémédiablement le lecteur dans un cafard noir ! Au bout d’une centaine de pages, on n’en peut plus déjà, et il faut en avaler encore 150 autres… toujours la même chose, ça se répète, ça insiste, ça tourne en rond, ça plonge…! Et ils ne se suicident même pas à la fin ! D’ailleurs, il n’y a pas de fin !
Bon, je me dis que je suis peut-être un peu dure ; qu’on peut certainement avoir une vision différente de ce roman. Je vous ai donné mon ressenti personnel, à vous de jouer à présent !
(paru en format poche chez LDP)
Somerset MAUGHAM : Le fil du rasoir
(par Alexandra)
J’ai lu ce roman une première fois il y a 25 ans. Bien sûr, l’intrigue m’a échappé depuis, mais j'ai gardé le souvenir d’une lecture «captivante». Je dois admettre que la relecture m’a peut-être un peu moins captivée, mais j’ai néanmoins pris du plaisir à me replonger dans ces destinées d’un autre âge, narrées dans un esprit et un style qui ont pris la poussière, certes, mais qui me procurent un sentiment quelque peu douillet (comme calée dans un vieux canapé en velours rouge moelleux, avec plein de gros coussins, bien au chaud…)
L’histoire nous est rapportée par l’auteur en personne qui joue, pour ainsi dire, son propre rôle. Il prétend avoir fréquenté les personnes dont il nous raconte la vie. Il appartient à la même couche sociale et partage leurs valeurs, même si, en tant qu’écrivain, il se doit de prendre un peu de hauteur et de distance ironique. Chose facile finalement, car il est Britannique, tandis que tous les autres sont Américains, mais de ces Américains de la « bonne » société de l’entre-deux-guerres qui vivent en Europe, de préférence à Paris ou sur la « Riviera », et qui font le déplacement à Londres quand il faut acheter de nouvelles chaussures ou faire broder leurs initiales sur leurs sous-vêtements… Vous voyez le genre !
Il n’est pas évident de donner à l’un ou l’autre des personnages le statut de personnage principal. Leurs histoires s’entremêlent, se séparent, se rejoignent pour former le portrait d’une société bien spécifique. Il y a là Elliott Templeton, espèce de dandy vieillissant qui a « le sens parfait des relations mondaines ». Avec une certaine tendresse, Maugham nous le décrit comme « un cas profondément tragique ». Les hautes sphères sont sa raison de vivre, « une réception, l’air qu’il respirait ; ne pas être prié à l’une d’elles, un affront ; être seul, une mortification. » Il frise le ridicule dans son besoin de reconnaissance sociale, et les efforts désespérés qu’il fait pour entretenir sa position dans le monde nous inspirent presque de la pitié !
Templeton se trouve aux antipodes de Larry, l’ex-fiancée de sa nièce Isabel. Aviateur pendant la 1ère guerre, Larry a vu un ami mourir. Cette expérience l’a profondément traumatisé. Désormais, il s’interroge sur le sens de sa vie et préfère renoncer à la position sociale et la fortune qui s’offrent à lui pour « flâner ». Des milieux artistiques parisiens, en passant par les mines du Nord de la France, une ferme puis un monastère en Allemagne, il « flânera » jusqu’en Inde où, suivant l’enseignement d’un gourou, il aura enfin LA révélation qui fera de lui un être que Maugham qualifiera d’ « exceptionnel »…
Son ex-fiancée Isabel, par contre, n’a pas de tolérance pour ce genre de parcours. Elle aspire à une vie aisée et facile qu’elle trouvera auprès de Gray, fils de banquier et bientôt banquier richissime lui-même. Jeune grue écervelée au début, elle se mue en épouse pragmatique quand elle devra faire face à la faillite de son mari en 1929. Parallèlement, elle conservera des sentiments forts pour Larry, allant jusqu’à s’arroger des droits sur lui : elle n’hésitera pas à recourir à des moyens infâmes pour éloigner une autre femme …
Tous ces caractères (et quelques autres plus secondaires) sont vraiment très finement dessinés. Tous représentent une manière différente d’envisager l’existence, de réagir aux hauts et bas qu’elle nous réserve, de prendre les bonnes ou mauvaises décisions. Maugham ne les juge pas, et il n’est jamais moralisant (ce qui n’est pas pour me déplaire !). Il nous les montre en nous rappelant qu’ « Il est difficile de passer sur le fil d’un rasoir. Aussi difficile, disent les sages, est le chemin qui mène au salut ». C’est de ce vers de la Katha-Upanishad qu’est inspiré le titre du roman !
(traduit de l’anglais par Renée L. Oungre)
Maria Joan HYLAND : Le voyage de Lou
(par Alexandra)
Je crois bien que c’est la couverture du roman qui m’a incitée à l’acheter : ce visage d’ado aux yeux énormes, intelligents, la main sur le front comme si elle voulait nous lancer un message : « Mais qu’est-ce que j’ai fait ! » Tout au long du roman, je n’ai pas pu m’empêcher de voir Lou ainsi, même s’il est dit quelque part qu’en vérité, elle était brune !
C’est elle qui nous raconte à la 1ère personne son voyage aux Etats-Unis. Originaire de Sydney, elle participe à un programme d’échange scolaire grâce à une bourse qu’elle a obtenue en raison de son intelligence hors du commun. L’univers de sa famille d’accueil dans une banlieue huppée de Chicago diffère radicalement du sien. De sa propre famille du genre «Groseille» (v. «La vie est long fleuve tranquille»), elle passe à une famille américaine aisée, bien sous tous rapports, très « politiquement correcte » et qui semble lui offrir tout ce à quoi elle aspire depuis longtemps : sécurité, attention, régularité, confort, affection…
Dans l’espoir d’être « adoptée » par cette famille et de ne pas avoir à retourner chez elle en Australie, Lou décide de donner le meilleur d’elle-même pour plaire. Elle est pourtant rapidement rattrapée par ses démons. Mal à l’aise devant la gentillesse appuyée de ses parents d’accueil, mal dans sa peau et maladroite dans ses rapports avec les jeunes Américains (blancs !) rayonnants et pleins d’assurance, elle recherche la compagnie de marginaux. Elle invente des mensonges énormes, se remet à boire et à fumer, à consommer des drogues. Or, ce qui n’a visiblement jamais choqué sa propre famille, suscitera un scandale au sein de sa famille d’accueil ; et ceci d’autant plus qu’elle finit par voler de l’argent à sa « mère »…
C’est un personnage complexe, Lou ! Une sale gamine egocentrique, certes, mais qui, comme diraient certains, se cherche ; qui ne s’aime pas et voudrait à tout prix devenir quelqu’un d’autre. Profondément marquée par son milieu social d’origine, elle a des rêves très bourgeois ! Elle est blessée et, malgré son intelligence, elle manque d’assurance. Elle voudrait bien faire et se déteste quand elle n’y arrive pas. Elle ne se fie à personne, et c’est pourtant ce qu’elle souhaite le plus ardemment : trouver quelqu’un en qui elle peut avoir confiance, à qui elle peut parler, quelqu’un qui puisse la comprendre et lui témoigne une vraie affection.
Mais il n’y a pas que Lou à ressentir un mal de vivre. Quasiment toutes les personnes qu’elle rencontre en sont marquées, à commencer par sa famille d’accueil. Engoncés dans des habitudes et des principes auxquels on ne déroge jamais, ses parents d’accueil n’arrivent plus à se détendre, à réagir «normalement». Dès qu’ils sentent que leur cocon familial est menacé, que leur certitudes risquent de s’effriter, ils paniquent et rejettent celle par qui le danger arrive, c’est-à-dire Lou, même si cela leur fait mal au cœur et qu’au plus profond d’eux-mêmes, ils savent qu’ils ont tort et qu’ils agissent contre leurs propres convictions en la condamnant ainsi.
Rien n’est blanc, rien n’est noir, tout est en nuances. C’est ce que j’ai aimé dans ce roman, même si je n’en garderai certainement pas un souvenir inoubliable.
(traduit de l’anglais par Emily Bourgeaud et paru chez Actes Sud en 2005 ; disponible en format poche chez Babel)
Mohed ALTRAD : Badawi
(par Alexandra)
C’est l’histoire d’un homme qui coupe ses racines. L’histoire de Maïouf, bédouin (« Badawi ») du désert syrien, quelque part entre Raqqah et Deir ez-Zor, pas loin de l’Euphrate (j’ai visité cette région il y a une quinzaine d’années… et je m’y vois encore, emmitouflée dans un grand châle pour me protéger du soleil et du vent de sable mordant !).
Maïouf grandit dans le plus grand dénuement, mis au ban de sa tribu, car sa mère a été répudiée par son mari. Il est très jeune encore lorsqu’elle est emportée par une maladie, le privant ainsi de toute affection et l’abandonnant à son sort. Très vite, il reconnaît qu’il n’y a qu’une issue pour lui : l’école. Il y ira envers et contre tous et, se révélant très intelligent, il fera son chemin, seul, rompant avec son passé.
Il a du caractère, Maïouf, et il vit très mal les humiliations successives dues à son origine sociale. Et s'il entend la parole des Frères Musulmans, il ne se laisse pas pour autant dévier de sa route. Leur antisémitisme et leurs jugements lui paraissent suspects. Il veut s’élever, se débarrasser de l’image du bédouin indigent, devenir quelqu’un d’autre. En arrivant en France pour suivre des études de pétrochimie, il change de nom : au lieu de Maïouf («l’abandonné»), il s’appellera désormais Qaher («le victorieux»). L’ancien gamin rebelle se soumet à une implacable «discipline de conformité», fournissant de grands «efforts d’adaptation» pour dissimuler son passé. Convaincu qu’il n’a plus rien à faire en Syrie, il rompt définitivement avec ce pays, rompt aussi avec ce qui lui reste comme famille, avec Fadia, la femme qui l’aime et à qui il avait fait la promesse de revenir. Il devient un homme sans attaches, dur, solitaire et peu sociable. Il mène une vie sans joie à Abu Dhabi, préférant la technologie étincelante des puits de pétrole aux sables du désert.
C’est un récit d’autant plus émouvant que la fin (que je ne révélerai pas) est inattendue… L’auteur ne cherche pas à éblouir ses lecteurs, le style est simple, sans fioritures, produisant un ton âpre qui nous laisse un goût amer dans la bouche, un mauvais goût d’illusions perdues…
La 4è de couverture du livre nous présente l’auteur comme étant d’origine syrienne et vivant en France depuis de nombreuses années. Rien de plus. J’ai donc entrepris quelques recherches et appris que non seulement, l’histoire est en grande partie autobiographique (ce qui ne m’étonne qu’à moitié), mais que l’auteur est en fait aujourd’hui un très gros entrepreneur français, patron du groupe « Altrad », spécialiste de matériel pour le bâtiment, «numéro un européen de l'échafaudage et numéro un mondial de la bétonnière et de la brouette» selon ma source (un article dans le « Point » du 07 janvier 2010)…
Et bien, c’est un bel exemple d’ascension sociale et de revanche, c’est le moins que l’on puisse dire ! Et d’ailleurs, Mohed Altrad a visiblement pris goût à l’écriture : après «Badawi» (2002), «La promesse de dieu» (2006), «Eden» (2010), Actes Sud a sorti ce mois-ci son quatrième roman, «La promesse d’Annah» …..
Merci à ma fille Pauline de m’avoir fait connaître ce beau livre !
(paru en 2002 chez Actes Sud et disponible en format poche chez Babel)
