(par Alexandra)
Moon_PalaceAvant de parler de "Moon Palace", deux mots sur son auteur : j'ai découvert Paul Auster il y a une quinzaine d'années. A l'époque, il n'avait que quelques livres à son actif. J'ai foncé tête baissée dans son univers, son style, sa "poétique du hasard" ... tout cela me semblait nouveau, exceptionnel, génial! J'étais complètement "retournée"! Depuis, Auster est devenu pour moi une sorte d'objet d'amour-haine, car il ne cesse de se répéter sans arriver à se renouveler ... je lui en veux! Donc, pour garder de lui une bonne opinion, je n'ai pas touché à ses cinq, six derniers romans!

"Moon Palace" n'est certainement pas le meilleur Auster (se reporter pour cela à "L'invention de la solitude", "La Trilogie New-Yorkaise" et "Léviathan", mais je n'ai pas encore fait d'article...), mais c'est, à mon humble avis, le plus représentatif. On y trouve tous les thèmes chers à son auteur, mais aussi les défauts que ses détracteurs lui reprochent (je connais des gens qui détestent littéralement!).

L'histoire commence à New York, où vit un étudiant du nom de (accrochez-vous!) Marco Stanley FOGG (oh yes!), les références étant volontaires pour nous mettre sur la piste de la suite...
Ce Marco est orphelin depuis belle lurette, il ne sait même pas qui est son père (la quête du père : un thème récurrent). Il est élevé et financé par son oncle. Or, celui-ci a le mauvais goût de mourir et de laisser Marco dans le dénuement le plus total... et nous voilà arrivés aux autres thèmes récurrents de l'oeuvre d'Auster : solitude, pauvreté, errance, clochardisation... se replier sur soi, larguer les amarres de la vie sociale et vivre au gré du HASARD (comme beaucoup de ces personnages fictifs, Auster lui-même tient un 'Carnet Rouge' dans lequel il note toutes sortes de hasards dont il a eu connaissance pour les réinvestir dans ses histoires...), se laisser balloter par la vie, ne plus être maître de son destin ... jusqu'à se laisser mourir s'il n'y a pas intervention extérieure...
Rassurez-vous, notre Marco ne meurt pas, car deux amis fidèles le remettent sur pied. Et c'est là que commence une nouvelle partie du livre, car Marco est embauché par un étrange et infirme vieux monsieur qui va lui raconter sa vie (pleine d'aventures hors du commun, dans des paysages extraordinaires, des crimes aussi, on ne s'ennuie pas, tout cela mêlé à des réflexions sur l'art) pendant plus d'une centaine de pages (mais je n'ai pas compté exactement) ... pour arriver à une troisième histoire dans l'histoire et un retournement complet et insoupçonné de la situation  ... et finalement, la boucle est quand même bouclée, laissant le lecteur coi!
Et oui, c'est cela, Auster, et il est assez unique dans son genre! Ce qui prime, c'est la narration (d'ailleurs, les parties dialoguées sont réduites à un stricte minimum) : il superpose, imbrique, mêle un tas d'histoires, de destins, de personnages, les uns plus fantasques que les autres! Le problème, c'est que souvent on se demande où est en fait la vraie histoire! Mais si l'on ne cherche pas de logique et que l'on se laisse porter par le souffle épique et les surprises en cours de route, le plaisir se révèle énorme ... on devient accroc! Promis!
              (édité par Actes Sud et Babel en format poche)