(par Alexandra)
alabama_songEn voilà un livre dont la magie opère  … en ce qui me concerne  en tout cas, mais il faut dire que j’étais – dans ma jeunesse étudiante et grâce à Robert Redford dans le rôle-titre du « Great Gatsby » - une fan de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald, figure emblématique de la « lost generation » des années vingt  … et qui dit ‘Scott’, dit aussi ‘Zelda’, sa femme, qui a défrayé les chroniques mondaines autant, sinon plus que lui, jusqu’à disjoncter complètement et se faire interner pour finir brûlée dans un sanatorium (euh … involontairement, bien sûr… c’est tout le sanatorium qui a brûlé!)

C’est précisément de Zelda qu’il s’agit ici. Gilles Leroy lui prête sa plume pour raconter (à la première personne et de façon tout de même romancée) sa version de sa vie avec Scott : la « Belle du Sud » qui est au centre de l’admiration générale et convoitée par tous les garçons, décide, à l’âge de vingt ans, d’épouser le futur grand écrivain (c’est lui qui l’affirme), à peine plus âgé qu’elle. Il est son alter ego. Ils forment un couple redoutable, ambitieux, excessif, assoiffé de vie et de célébrité (et d’alcool … l’allusion à l’ »Alabama Song » de l’opéra « Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny » du duo Brecht/Weill se justifie … rappel des paroles : "Well, show me the way / To the next whiskey bar / Oh, don't ask why / Oh don't ask why...). Ils sont de toutes les fêtes, bravent tous les interdits, font tout pour scandaliser… Scott devient effectivement un écrivain célèbre, et c’est à partir de là que Zelda dérape … elle ne supporte pas de ne plus être le point de mire de tous ! Elle a des ambitions littéraires (et beaucoup de talent) elle-même, mais Scott l’empêche d’écrire pour éviter qu’elle ne lui fasse de l’ombre. Il ira même jusqu’à lui voler des manuscrits et les utiliser pour son compte ! La catastrophe est programmée … Elle cherche à reprendre pied, un nouvel amour, une grossesse, mais son mari est là pour empêcher son bonheur, chasser l’amant, l’obliger à avorter. Elle le hait, essaie de lui rendre la monnaie de sa pièce, mais le coup lZelda_Fitzgerald_portraitui revient à chaque fois…
C’est surprenant de voir avec quelle empathie Gilles Leroy arrive à se mettre à la place de Zelda, cet oiseau de paradis blessé qui finit dans le caniveau, piétiné par son mari (qui, soit dit en passant, n’est plus qu’une loque lui-même) et à imaginer ce qu’elle a pu, ce qu’elle a dû penser et ressentir. On sort du livre en prenant complètement le parti de Zelda, intimement convaincu qu’elle a été la victime de Scott ! Pourtant, cela ne correspond pas tout à fait à la vérité, car elle souffrait vraiment de schizophrénie …

A lire !
                                   (chez Mercure de France)