(par Alexandra)
p_ju_ogreIl existe des livres qui nous donnent l’impression d’avancer… qui nous apportent quelque chose sans que l’on soit forcément capable de dire quoi… une nostalgie, une émotion, une mélancolie, une profondeur qui nous imposent une halte dans le quotidien, qui nous engagent à nous poser et de prendre le temps de réfléchir…

« Le rire de l’ogre » est de ces livres-là. Il n’est pas toujours d’une lecture facile, à commencer par le conte qui précède l’arrivée du personnage principal, Paul Marleau, 16 ans,  dans une petite ville au pied des Alpes allemandes, au début des années soixante et qui aura une influence décisive sur le reste de sa vie.

Le roman se divise en deux parties : la première nous décrit ce séjour en Allemagne, avec une expérience-clé qui donnera lieu à ce que le narrateur appellera son «inquiétude allemande», synonyme d’un sentiment de violence et/ou de danger ambiants mais insaisissables, de l’obsession de l’ «ogre»… c’est également lors de ce séjour qu’il rencontrera Clara, son premier amour, et qui recroisera plusieurs fois sa route, toujours dans des circonstances dramatiques.

La deuxième partie nous raconte l’existence d’adulte de Paul, son « devenir », son évolution sur le chemin de la création (il devient sculpteur). Il arrive à fonder un foyer, une famille, à trouver un semblant de paix, de stabilité… un semblant seulement, car l’abîme, ses démons, sa «boîte de Pandore» le guettent à tout instant, son «Allemagne empoisonnée»  rôde autour de lui… c’est là que l’on trouve des pages extraordinaires (298-302 dans l’édition Folio) sur la création artistique engendrée par la douleur («Le rire de l’ogre» étant le nom d’une de ses sculptures ; en fait, de LA sculpture…)

Parallèlement, nous suivons, de loin en loin, la trajectoire de Clara qui devient photographe (de guerre avant tout) et qui ira jusqu’à chercher à fixer sur la pellicule l’instant de la souffrance extrême, de la mort…

Certes, ce n’est pas un livre drôle ; certes, il aurait tendance à nous donner des idées un peu noires, mais pour moi, c’est vraiment un livre important !

(paru chez FOLIO)