Mercier___Train_de_nuit(par Alexandra)

Dire qu’il a fallu que je tombe sur ce roman dans une librairie française pour finalement m’apercevoir qu’il est traduit de l’allemand… !!! Il est vrai que le nom de l’auteur ne laisse pas deviner qu’il est Suisse alémanique, et qu’il s’appelle en réalité Peter BIERI, qu’il est philosophe et qu’il vit et écrit à Berlin… bon, du coup je l’ai quand même lu en français… et certains passages m’ont cruellement rappelé (une fois de plus… v. les billets sur Rilke et sur Döblin) à quel point une traduction pouvait défigurer un texte… mais ici non plus, je ne vais pas dire du mal de la traductrice, n’étant pas convaincue de pouvoir faire mieux …

… surtout qu’il s’agit d’un roman philosophique qui manie un grand nombre de termes abstraits qui passent très bien en allemand, mais qui «font bizarre» en français…

Bref !

Tout commence par la rencontre de Raimund Gregorius, prof de lettres classiques vieillissant et qui ne vit que pour et par les vieux textes, et d’une femme qu’ un jour de pluie, il empêche de sauter d’un pont de la ville de Berne. La rencontre est brève, mais avant de s’en aller, la femme lui révèle qu’elle est « português »… émerveillé par la sonorité de cette langue, notre prof se sent poussé par une force obscure à se mettre en quête de … on ne sait pas trop quoi, et lui non plus d’ailleurs, mais il faut qu’il y ait un rapport avec le Portugal. C’est ainsi qu’il se rend chez un libraire spécialisé où il déniche le livre d’un poète portugais du nom de Amadeu Inácio de Almeida Prado dont on lui dit que ce fut un homme «qui avait projeté de recomposer la langue portugaise parce qu’elle était, dans son ancienne forme, tellement usée.» Cela suffit pour bouleverser la vie de Gregorius : du jour au lendemain, il abandonne sa petite vie rangée et sans surprises pour partir à Lisbonne sur les traces du poète Prado. Il sent le besoin impérieux d’en apprendre plus sur cet homme… Mercier___Nachtzug

Au début, tout cela me rappelait un peu «L’ombre du vent« de Ruiz Zafon (d’autant plus que le contexte historique nous plonge dans les années noires de la dictature de Salazar), mais en fait, le récit prend un chemin bien différent. Certes, Gregorius suit son poète à la trace, se rend à tous les endroits qu’il a fréquentés, rencontre les personnes qui l’ont connu, mais point de péripéties ici, ni de rebondissements ou autre élément spectaculaire qui nous tiendrait en haleine comme une enquête criminelle. Non, le récit coule doucement, les pages du recueil de Prado nous sont distillés au fur et à mesure que Gregorius les découvre… des réflexions sur la vie, la mort, l’amitié, la religion, le sens de la vie, la colère et bien d’autres sujets (qui trahissent le philosophe qu’est l’auteur…). Et en cernant de plus en plus près le poète, en faisant nombre de rencontres, Gregorius en apprend de plus en plus sur lui-même, sur le vide que constitue sa propre existence… il apprend à voir, comme le Malte de Rilke ! Avec lui, nous voguons donc au gré des étapes de la vie de Prado… avec de très belles pages qu’on lit et relit et note quelque part dans un journal intime…

C’est un de ces livres où l’approche de la fin nous fait ralentir la lecture parce qu’on n’a pas trop envie que cela s’arrête !

(traduit de l’allemand par Nicole Casanova et paru en format poche chez 10/18)