(par Alexandra)

wassmo___chambre_silencieuse«La chambre silencieuse» est le deuxième volet de la saga de Tora. J’étais déjà sortie ébranlée de la lecture du premier tome, «La véranda aveugle», et mon profond sentiment de malaise n’a fait que s’accroître au cours de ce deuxième…

Nous accompagnons ici Tora à travers son adolescence. Pendant un certain temps, elle est libérée de son beau-père violeur car il est condamné à une peine de prison pour avoir mis le feu à la conserverie de poisson de l’oncle Simon…

Tora met du temps pour se défaire de sa peur, pour se reconstruire, pour réapprendre à vivre normalement ; pour renouer le contact avec sa mère aussi. Elle garde son secret pour elle, personne ne doit savoir ce qu’Henrik lui a fait subir. Elle ne veut pas ajouter cette honte-là à toutes les autres hontes qui la frappent déjà…

Quelques semaines avant le départ de Tora pour une ville du continent où elle doit fréquenter le cours complémentaire (un privilège !), Henrik revient … et la viole à nouveau. Mais il y a pire : au bout de trois mois, elle se rend compte qu’elle est enceinte. Une fois de plus, elle refuse d’en parler à qui que ce soit. Elle laisse tomber le garçon qui est amoureux d’elle, elle s’enferme ; fait tout pour dissimuler sa grossesse. Et lorsqu’elle accouche prématurément d’un bébé mort, elle le fait seule dans sa chambre de location dans cette ville du continent, par terre pour ne pas salir le lit…

On se dit que décidément, Tora porte sur ses épaules tout le malheur du monde ! Et pourtant, par moments, il y a une lumière qui éclaire le récit ; des petits instants de bonheur qui nous font espérer qu’elle s’en sortira… des moments où elle inspire profondément, se sent forte, libre, confiante… pour mieux retomber le désespoir noir ensuite !

Le style est toujours aussi narratif. Il n’y a que très peu de dialogues. On a l’impression que les habitants de l’île de Tora ne parlent pas vraiment. Quelque part dans le roman, il est dit qu’ils cachent leurs «sentiments sous une carapace de glace pour tenir le coup par tous temps»…  Tout se passe à l’intérieur ; à l’intérieur des maisons, à l’intérieur des gens, à l’intérieur de Tora surtout…

Le cadre extérieur, cette île norvégienne, nous transporte au 19è siècle, et pourtant l’action se passe ici dans les années soixante, ce qui devient évident lorsque Tora fréquente le cours complémentaire loin de chez elle… on a du mal à y croire !

Malgré les idées noires que nous procure la lecture de ce roman, j’ai hâte de m’attaquer au troisième et dernier tome, «Ciel cruel»… en espérant secrètement que Tora finira par trouver sa voie…

(traduit formidablement par Jacqueline Le Bras ; paru chez Babel)