(par Alexandra)

modiano___jeunessePatrick Modiano, je l’ai vu il y a très longtemps dans un « Apostrophes » de Bernard Pivot ; avec le résultat que, jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours soigneusement évité ses livres… les années passant, j’ai oublié sa piètre performance lors de cette émission pour finalement me laisser tenter par le titre du roman, au parfum délicieusement nostalgique…

Cette nostalgie, je l’ai retrouvée dans les trente premières pages : un ancien étudiant de l’école des mines se souvient du café du Condé et de sa faune un peu particulière… d’une jeune femme surtout, Louki, mystérieuse, un peu décalée, et  qui l’intrigue.

Comme j’aime beaucoup moi-même m’installer dans un café pour observer les gens autour de moi, je me suis tout à fait retrouvée dans cette trentaine de pages… toute contente déjà de poursuivre cette lecture intimiste, entendant comme une petite musique dans ma tête.

Quelle ne fut donc  ma surprise (voire déception) lorsqu’à la page 32, il a fallu que je me rende à l’évidence que le narrateur avait changé, tout comme le ton d’ailleurs ! Avec le changement de perspective, le récit se mue en histoire de détective privé qui recherche Louki pour le compte de son mari…

Encore qu’au chapitre suivant, c’est Louki elle-même qui prend la parole… et on commence à se douter où l’auteur veut en venir : éclairer de coups de projecteurs divers l’existence d’une jeune femme déboussolée, désespérée. Ce qu’elle nous dit laisse augurer de la fin du roman: «J’atteindrais bientôt le bord de la falaise et je me jetterais dans le vide. Quel bonheur de flotter dans l’air et de connaître enfin cette sensation d’apesanteur que je cherchais depuis longtemps

C’est son ami/amant Roland qui parlera d’elle (et de lui) plus longuement ; de leurs errances communes, leur mélancolie, leurs pérégrinations dans un Paris nocturne ; des «zones neutres» qui leur permettent de se sentir en sécurité, à l’abri des fantômes qui les hantent. Mais Roland non plus n’arrivera pas à percer « la part de mystère » de Louki, ni à l’aider.

En fait, j’ai bien aimé ce roman. Il y a indéniablement un ton, même si la partie «détective»  détonne, au vrai sens du mot…  cette partie m’a gênée, mais du point de vue pratique, elle nous fournit des renseignements sur Louki qu’aucun des autres personnages ne pouvait fournir…

Un peu déroutant aussi les trente premières pages, certes très belles, mais sans rapport avec le reste si ce n’est de peindre les habitués du café du Condé (on y rencontre entre autres Adamov!), mais qui, eux non plus, n’ont plus grand-chose à voir avec l’histoire ! Quel est l’intérêt finalement de savoir que Louki fréquentait ce café ? Ou alors il y a une symbolique des cafés parisiens qu’il faudrait savoir interpréter…

Tout ceci pour dire que je pense quand même tenter un deuxième Modiano…

(paru chez FOLIO)