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:(

(par Alexandra)

 

Dire qu’il fallait une auteure italienne pour que l’on retrouve dans l’actualité littéraire un livre qui parle de ma bonne ville (d’adoption) d’Amiens ! Mais à tous ceux qui se laissent décourager par la «laideur» décrite de la ville : rassurez-vous ! Amiens est aujourd’hui une ville agréable à vivre, très animée, à défaut d’être belle, il est vrai !

Ce roman nous conte deux histoires distinctes : la première est imaginaire et se situe au Moyen Age. Elle rappelle un  peu  «La dame à la licorne» de Tracy Chevalier. Anne-Elisabeth, habile brodeuse originaire d’Amiens, abandonne pour un temps sa famille pour répondre à l’appel de la Reine et rejoindre en Bretagne un «bataillon» de 300 brodeuses venant de tous les coins de la France. L’objectif : participer à la création d’un «livre universel», une «écriture lisible pour tous», «parfaite et dont aucune langue ne fût exclue, auquel aucune oreille ne pût rester sourde», bref : la fameuse tapisserie de Bayeux !

D’autre part, nous suivons les traces de John Ruskin, bien réel, lui, critique d’art britannique de l’époque victorienne et auteur de la «Bible d’Amiens» (traduite en français par Marcel Proust en personne). Amoureux fidèle de la cathédrale d’Amiens, il entreprend en 1879 un énième et dernier voyage pour l’étudier une fois de plus…

Les récits coulent, dans de courts chapitres alternés, et dans une langue limpide qui nous ouvre des fragments de la vie de deux personnages. On se laisse aller, on les accompagne, on partage le regard tendre empreint d’une certaine mélancolie qu’ils jettent sur l’œuvre de leur vie. Avec Anne-Elisabeth, nous découvrons l’art de la broderie, nous caressons le lin, la laine ; nous observons en secret la reine austère qui travaille à côté d’elle… et John Ruskin devient notre guide, nous révélant les secrets de la cathédrale : il nous raconte l’histoire des statues, nous emmène la nuit contempler les méandres du labyrinthe ; nous partageons ses émotions, réflexions, ses réminiscences, les souvenirs marquants en nous promenant le long de la Somme…

C’est très plaisant. Or, au fil des pages, on commence à se demander où tout cela nous mènera… et badaboum ! Les personnages rentrent chez eux, le roman est fini ! Fini le charme ! Frustration ! Faim ! Goût d’inachevé ! C’était donc tout ? C’était cela, la «métaphore de la création» promise par la 4è de couverture, l’évocation des «mythes de Pénélope et d’Arachné» ?

Voilà. Je suis déçue. Et cette vilaine fin qui annule toutes mes bonnes impressions… !

 

(traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli et paru en 2009 chez Actes Sud)