morris___hiroshima

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(par Alexandra)

 

Ce livre paru en 1961 a pris bien de détours avant d’arriver dans ma PAL… mais l’essentiel, c’est qu’il y soit arrivé finalement !

L’histoire est racontée par Yuka, 30 ans, mariée, deux enfants, et qui habite à Hiroshima. L’époque : l’année 1960, donc 15 ans après la bombe…N’étant pas très riche, Yuka partage à l’occasion sa maison avec des locataires. C’est ainsi qu’elle reçoit Sam Willoughby, jeune américain en voyage d’affaires et curieux de connaître le Japon. «Innocent» au début de son séjour, il découvrira progressivement les séquelles de la bombe, bien que Yuka fasse tout pour les lui dissimuler : la maladie de Fumio, le mari de Yuka ; la psychose de la femme de l’ami-peintre ; la mort horrible de la mère de Yuka… jusqu’au destin d’exclus de tous ces habitants d’Hiroshima touchés par la bombe et dont on cherche à taire l’existence, cette «espèce à part, des hommes radioactifs, les seuls spécimens de ce genre sur la surface de la terre.» C’est Ohatsu, la petite sœur-rayon de soleil de Yuka, qui en sera la preuve la plus parlante pour Sam, car le jour où son fiancé la présente à sa famille, celle-ci ne veut pas d’elle… en effet, elle risque de mettre au monde des enfants-monstres… Sam se trouvera complètement chamboulé, transformé par cette «expérience» japonaise…

J’ai beaucoup aimé ce livre très émouvant et poétique malgré le malheur qui plane au-dessus des personnages. Aucune démonstration  «massue», pas d’effet «tape-à-l’œil»… tout est dessiné par petite touches discrètes mais très efficaces, à l’image des personnages principaux qui s’obstinent à sourire pour mieux dissimuler leur souffrance.

Néanmoins, je me suis posé des questions. Sur l’authenticité du récit d’abord, le roman ayant été écrit en anglais par une suédoise mariée à un américain. Certes, l’objectif de nous faire partager la douleur d’Hiroshima est louable, mais qui me garantit que les vrais habitants voient les choses vraiment ainsi ? Même si je dois avouer qu’Edita Morris semble très bien connaître le Japon et ses mœurs… Ensuite, je me suis étonnée de l’absence totale de toute explication historique, politique… si je n’avais pas été au courant du contexte, ce n’est pas la lecture de ce livre qui me l’aurais appris! Surtout pas avec un œil critique, tant sur le rôle des Américains que sur celui des Japonais ! Bien sûr, on pourra objecter qu’en 1961, année de parution du livre, tout le monde était au courant ! Et que, dans ces pages, c’est le point de vue du «petit peuple», des gens humbles, qui a été adopté, donc le point de vue peu empreint de conscience politique de gens qui subissent plus qu’ils n’agissent …. J’aurais tout de même aimé un peu plus de parti pris, d’accusation, d’engagement que la simple évocation de ces  «complaintes d’Hiroshima» chères à ses habitants : «Quand tombe la pluie noire» ou «Le bouquet sur l’eau» ou ce cri du cœur «Jamais plus Hiroshima !»

(traduit de l’américain par Suzanne Lipinska et paru aux éditions «J’ai lu»)