Lewycka___histoire_du_tracteur_en_ukraine

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(Par Alexandra)

J’avais envie de rireet bien, j’ai été servie ! Ce petit roman se révèle bien amusant, tout en offrant tout de même matière à réflexion
Nous sommes en Angleterre, dans une petite ville qui compte une assez grande communauté de citoyens d’origine ukrainienne. Ils se sont bien intégrés à la société anglaise, même si les anciens continuent de baragouiner un anglais assez approximatif. Nicolaï, notre personnage principal, est un flamboyant vieux monsieur (84 ans), père de deux filles et de trois petites-filles. Dans le temps, en Union Soviétique, il était un ingénieur très ingénieux, s’investissant à fond pour faire avancer la technologie du tracteur russe.
Ce vieux monsieur devient la victime d’une ukrainienne de 34 ans qui cherche à tout prix un moyen d’obtenir la nationalité anglaise pour pouvoir rester en Angleterre avec son fils adolescent. Etant fascinée par son énorme poitrine, Nicolaï l’épouse contre l’avis de ses deux filles qui se liguent pour empêcher Valentina (c’est le nom de la dame) de ruiner leur vieux père

Tout ceci donne bien sûr lieu à bon nombre de situations cocasses, plus vraies que nature et qui nous font bien rire. Mais en même temps, le problème des personnes âgées est posé de façon crue et cruelle ! Que faire d’un vieux père qui «a toute sa tête» au point d’être capable d’inventer une machine, mais qui ne vient plus à bout des choses aussi terre à terre que les finances, le ménage, les courses, la cuisine, sa propre toilette… et qui refuse la moindre assistance extérieure… ?
Valentina, notre ukrainienne, donne à penser également… ce n’est certainement pas par plaisir qu’elle quitte son pays, s’abaisse au point d’épouser un vieux monsieur lubrique, consent à des «rapports bucco-génitaux», se fait humilier devant les tribunaux etc etc
L’Angleterre vaut-elle vraiment tous ces sacrifices ? Et bien, pour elle oui, car elle est fermement convaincue que son fils est un génie, et en tant que tel, il a besoin des meilleures écoles…. que l’on ne trouve pas en Ukrainecela relativise drôlement de choses ! Jusqu’où est-on prêt à aller pour assurer aux siens une vie meilleure ? Du coup, on voit le personnage de Valentina avec un autre œil ! Ce n’est peut-être pas la garce que l’on supposait au début ?
Rien n’est blanc, rien n’est noir. C’est ce que j’ai apprécié icià une époque où l’on épingle les Roms et autres ressortissants de pays en difficulté économique parce qu’ils envahissent notre pays

(traduit de l’anglais par Sabine PORTE et paru en format poche aux éditions J’ai lu)