Houellebecq___Lutte

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(par Alexandra)
Houellebecq s’est rappelé à mon bon souvenir avec son prix Goncourt
… très bon souvenir d’ailleurs des «Particules élémentaires»… Non, en fait, «bon» n’est pas vraiment le qualificatif qui convient, car le roman m’avait secouée autant que séduite ! Depuis, je n’ai pas eu le courage de replonger dans cet univers sinistre si houellebecquien qui entame sérieusement mon moral. Il a fallu que j’en discute avec un ami récemment pour m’y remettre.
Repoussant à plus tard la lecture du ô combien encensé dernier opus goncourisé, j’ai préféré «La lutte» qui date de 1994 (presque une œuvre de jeunesse
!! !) et dans laquelle j’ai retrouvé sans mal tous les ingrédients présents aussi dans les «Particules» : le dégoût de la futilité du quotidien, des conventions qui nous étranglent, de l’hypocrisie ambiante. Le mal-être, tout simplement, la solitude.
L’histoire est celle d’un informaticien trentenaire. Célibataire renfrogné et quelque peu cynique, il habite à Paris, voyage souvent pour former les clients de son entreprise aux logiciels développés. Des collègues l’accompagnent, dont Raphael Tisserand, qui sera son terrain d’observation privilégié et prétexte à sa théorie de « l’extension du domaine de la lutte »… entendez par là le transfert de la théorie de la lutte des classes au domaine sexuel : dans les deux cas, il y a des vainqueurs et des vaincus ! «Tout comme le libéralisme économique sans frein, et pour des raisons analogues, le libéralisme sexuel produit des phénomènes de paupérisation absolue. Certains font l’amour tous les jours ; d’autres cinq ou six fois dans leur vie, ou jamais. Certains font l’amour avec des dizaines de femmes ; d’autres avec aucune ; c’est ce qu’on appelle ‘la loi du marché’ »
. ….
Bon, j’avoue, il n’y a là pas de quoi fouetter un chat, on n’avait pas besoin des lumières de Houellebecq pour nous en rendre compte ! Non, le livre vaut mieux que cela, mais si j’ai plaisanté plus haut en disant qu’il s’agit presque d’une œuvre de jeunesse, j’étais en réalité très sérieuse. L’ensemble est (à mon goût, car je me doute bien que tout le monde ne sera pas forcément d’accord) trop empreint d’adolescence attardée, de concepts un peu fumeux ; mais en même temps on y trouve aussi ce qui sort cet auteur de l’ordinaire : ce réel mal de vivre du poète, ce regard désabusé sur notre société autant que sur ses propres faiblesses, la dérision de notre existence !

«C’est [] un 26 mai que j’avais été conçu, tard dans l’après-midi. Le coït avait pris place dans le salon, sur un tapis pseudo-pakistanais. Au moment où mon père prenait ma mère par derrière elle avait eu l’idée malencontreuse de tendre la main pour lui caresser les testicules, si bien que l’éjaculation s’était produite. Elle avait éprouvé du plaisir, mais pas de véritable orgasme. Peu après, ils avaient mangé du poulet froid. Il y avait de cela trente-deux ans, maintenant ; à l’époque, on trouvait encore de vrais poulets. »

Voilà. Tout est dit. Tout est là.

(paru en format poche aux éditions J’ai lu)