Hyland - Le voyage de Lou(par Alexandra)

Je crois bien que c’est la couverture du roman qui m’a incitée à l’acheter : ce visage d’ado aux yeux énormes, intelligents, la main sur le front comme si elle voulait nous lancer un message : « Mais qu’est-ce que j’ai fait ! » Tout au long du roman, je n’ai pas pu m’empêcher de voir Lou ainsi, même s’il est dit quelque part qu’en vérité, elle était brune !

C’est elle qui nous raconte à la 1ère personne son voyage aux Etats-Unis. Originaire de Sydney, elle participe à un programme d’échange scolaire grâce à une bourse qu’elle a obtenue en raison de son intelligence hors du commun. L’univers de sa famille d’accueil dans une banlieue huppée de Chicago diffère radicalement du sien. De sa propre famille du genre «Groseille» (v. «La vie est long fleuve tranquille»), elle passe à une famille américaine aisée, bien sous tous rapports, très « politiquement correcte » et qui semble lui offrir tout ce à quoi elle aspire depuis longtemps : sécurité, attention, régularité, confort, affection…

Dans l’espoir d’être « adoptée » par cette famille et de ne pas avoir à retourner chez elle en Australie, Lou décide de donner le meilleur d’elle-même pour plaire. Elle est pourtant rapidement rattrapée par ses démons. Mal à l’aise devant la gentillesse appuyée de ses parents d’accueil, mal dans sa peau et maladroite dans ses rapports avec les jeunes Américains (blancs !) rayonnants et pleins d’assurance, elle recherche la compagnie de marginaux. Elle invente des mensonges énormes, se remet à boire et à fumer, à consommer des drogues. Or, ce qui n’a visiblement jamais choqué sa propre famille, suscitera un scandale au sein de sa famille d’accueil ; et ceci d’autant plus qu’elle finit par voler de l’argent à sa « mère »…

C’est un personnage complexe, Lou ! Une sale gamine egocentrique, certes, mais qui, comme diraient certains, se cherche ; qui ne s’aime pas et voudrait à tout prix devenir quelqu’un d’autre. Profondément marquée par son milieu social d’origine, elle a des rêves très bourgeois ! Elle est blessée et, malgré son intelligence, elle manque d’assurance. Elle voudrait bien faire et se déteste quand elle n’y arrive pas. Elle ne se fie à personne, et c’est pourtant ce qu’elle souhaite le plus ardemment : trouver quelqu’un en qui elle peut avoir confiance, à qui elle peut parler, quelqu’un qui puisse la comprendre et lui témoigne une vraie affection.

Mais il n’y a pas que Lou à ressentir un mal de vivre. Quasiment toutes les personnes qu’elle rencontre en sont marquées, à commencer par sa famille d’accueil. Engoncés dans des habitudes et des principes auxquels on ne déroge jamais, ses parents d’accueil n’arrivent plus à se détendre, à réagir «normalement». Dès qu’ils sentent que leur cocon familial est menacé, que leur certitudes risquent de s’effriter, ils paniquent et rejettent celle par qui le danger arrive, c’est-à-dire Lou, même si cela leur fait mal au cœur et qu’au plus profond d’eux-mêmes, ils savent qu’ils ont tort et qu’ils agissent contre leurs propres convictions en la condamnant ainsi.

Rien n’est blanc, rien n’est noir, tout est en nuances. C’est ce que j’ai aimé dans ce roman, même si je n’en garderai certainement pas un souvenir inoubliable.

(traduit de l’anglais par Emily Bourgeaud et paru chez Actes Sud en 2005 ; disponible en format poche chez Babel)