Arditi - Prince d'orchestre

(par Alexandra)

Un livre à lire sur fond de musique… l’ouverture de « La force du destin », le « Boléro » de Ravel, les « Tableaux d’une exposition » de Moussorgski, le 5è concerto pour piano de Beethoven, sa 9è aussi… du grand répertoire, oui, mais un répertoire pour grand public aussi ! Un répertoire qui plaît au plus grand nombre. C’est le répertoire de notre personnage principal, Alexis Kandelis, chef d’orchestre en vogue, adulé et célébré dans le monde entier. Il est sur le point d’enregistrer le « B16 ». Entendez par là l’intégrale des symphonies de Beethoven, plus ses cinq concertos pour piano, plus celui pour violon plus le triple pour violon, violoncelle et piano ! L’objectif : vendre 100 000 coffrets !

Voilà ce qui fait courir le « prince » Kandelis, magnifique et totalement amoureux de sa personne. Tout est bon pour que l’on parle de lui !

Sauf que… les « Kindertotenlieder » de Mahler reviennent inlassablement perturber l’esprit du chef. Ces « Chants des enfants morts » lui rappellent la mort de son frère, foudroyé à l’âge d’enfant sur une plage grecque. Cette mort jette une ombre importante sur sa vie.

Au faîte de sa gloire, Kandelis va soudainement dérailler, se laisser aller à humilier profondément un de ses musiciens. L’orchestre le vengera, aura « la peau » du chef. Un autre sera choisi pour enregistrer le « B16 ». Kandelis ne s’en remettra pas ! Il se tournera vers les jeux de hasard, y laissera toute sa fortune et sa santé mentale, finira par assassiner deux amies avant de se donner la mort lui-même. (C’est annoncé dans le prologue, je ne dévoile donc pas la fin !)

Je ne sais pas trop quoi penser de ce roman. Il se lit très bien, c’est sûr, et l’on suit avec attention la trajectoire de cet homme « formaté » par sa mère pour devenir célèbre. Mais beaucoup de choses restent inexpliquées … (Quelle honte inavouable a-t-il donc subi pendant ses années d’internat dans une grande institution scolaire suisse ?) Nombre de personnages secondaires restent schématiques, apparaissent, disparaissent… on n’apprend pas grand-chose sur le rôle qu’ils jouent ou ont joué (Lenny, Menachem, Sacha, son épouse Charlotte, même sa mère). Cela m’a passablement dérangée.

D’un point de vue stylistique, l’auteur ne fait pas non plus montre d’une grande finesse. S’il connaît bien la musique et le monde d’un orchestre (il est président de l’Orchestre de la Suisse romande), les « ficelles » littéraires me semblent un peu « grosses ». Réciter quelques vers de Rückert (l’auteur des Kindertotenlieder) pour évoquer un traumatisme d’enfance n’est pas suffisant pour pénétrer dans la tête d’un personnage. Les départs des nombreux flashbacks se révèlent lourds, les chapitres sont minuscules (mais nombreux… 129 ! S’il y a une signification derrière ce chiffre, je la cherche encore…), la langue est très simple, aucune ambiance ne s’instaure (sauf peut-être au début, lorsqu’il dirige… et encore !)… Pourtant, la 4è de couverture m’avait promis une « réflexion sur la part d’imprévisible que contient toute existence, sur la force du hasard et les abîmes de la fragilité humaine, sur les souffrances que convoque, apaise et souvent transcende l’inépuisable fécondité de l’art »

Et bien, disons en conclusion que je trouve ce commentaire de 4è bien plus intéressant que le roman qui ne me laissera guère de souvenir impérissable.

(paru chez Actes Sud)