Greene - la saison des plueis

(par Alexandra)

Etant fermement convaincue que Graham Greene était un auteur de roman d’espionnage (genre que je n’affectionne pas trop), je n’avais encore rien lu de lui jusque là. Et voilà que j’apprends (il n’est jamais trop tard !) que certes, il a écrit des romans d’espionnage (il était espion lui-même, à ce qu’il paraît !), mais que son œuvre est bien plus complexe que cela. Qu’en plus, il est «catalogué» auteur « catholique », qualificatif qu’il n’appréciait pourtant pas vraiment.

Bien qu’étant baptisée catholique, je ne suis pas croyante, et la littérature d’inspiration religieuse aurait plutôt tendance à me rebuter autant que les romans d’espionnage… Si, par contre, il s’agit d’interrogations d’ordre existentiel, je ne dis pas non, et des roman « catholiques » comme ceux d’André Gide, où l’homme est pris dans des conflits de conscience profonds, font partie des lectures que je retiens volontiers…

[NB : Ne vous mettez pas tout de suite à hurler ! Je ne suis pas sans ignorer que Gide était protestant. Mais il a quand même failli se convertir plusieurs fois… tout en composant une œuvre qui lui a valu d’être mis à l’index par le Vatican dans les années 50 !]

Bon, le sujet ici n’est pas Gide mais Graham Greene. Revenons-y !

Roman publié en 1960, « La saison des pluies » met en scène un célèbre architecte d’édifices religieux du nom de Querry qui s’embarque incognito pour le Congo. Il y échoue dans la léproserie du Docteur Colin, tout simplement parce qu’aucune route ne le mène plus loin. Son objectif n’est pourtant guère de faire le bien pour se guérir du mal dont il souffre. Quel mal ? Il le précise : Il a tout ce qu’il faut. Rien ne lui manque. Il se sent inutile car il n’arrive plus à s’intéresser à quoique ce soit. Il ne croit plus en rien. Il n’aspire qu’à se retirer, à trouver un endroit où rien ne lui rappelle qu’il a été vivant jadis. Il se sent vide. D’ailleurs, le titre original du roman résume bien son état : « A burnt-out case ».

En la personne du Docteur Colin, il trouve un interlocuteur privilégié. Il s’ouvre à lui, en fait son confident et décide de mettre ses compétences à son service en construisant un nouvel hôpital.

Dans la petite communauté coloniale qui l’entoure on ne tarde pas à découvrir qui il est en vérité. Les rumeurs et spéculations se déchaînent. Les bons catholiques ne veulent pas accepter qu’il ait perdu la foi. Ils essayent de le récupérer pour leur cause, en font une sorte de saint. Il a beau s’en défendre, ils n’en démordent pas. Chacun de ses gestes est interprété comme le geste d’un homme de foi. Il doit absolument correspondre à l’image qu’ils se font de lui ! Et évidemment, toute cette histoire tournera mal…

C’est un roman qui se lit très facilement, un peu trop peut-être. Je m’attendais tout de même à quelque chose de plus intense, d’autant plus que la 4è de couverture annonce « une plongée dans les ténèbres à laquelle Greene, après Conrad, nous convie ici »… Je n’ai pas réellement retrouvé de ténèbres, je n’ai pas retrouvé du Conrad non plus… non, c’est somme toute assez superficiel mais distrayant.

(paru dans la collection pavillons poche aux éditions Robert Laffont)