sila

(par Alexandra)

Décidément, la violence est un sujet cher à Fabrice Humbert. Dans ce roman-ci, il s’attelle à dénoncer la violence du monde de la grande finance internationale…

Contrairement à ce que suggère le titre, Sila n’est pas vraiment le personnage principal du livre. C’est un jeune homme d’origine africaine, réfugié « économique » en France. Or, il ne partage pas le destin difficile du plus grand nombre de réfugiés comme lui, non, sa bonne fortune a voulu qu’il fasse des rencontres décisives qui l’ont conduit dans un grand restaurant parisien où il travaille comme serveur. Nous sommes en 1998.

Un soir, Sila se fait agresser pour une raison futile par un client américain sans qu’aucun des autres convives présents ne prenne la peine d’intervenir.

Parmi ceux-là, l’auteur en choisit trois, tous représentatifs du monde de l’argent : l’agresseur de Sila d’abord, Mark Ruffle, dont l’immense fortune repose sur les « subprimes » ; Lev Kravchenko ensuite, oligarque russe enrichi grâce au pétrole ; et pour finir, Simon Judal, pâle polytechnicien français devenu « quant » auprès d’une grande banque d’investissement, c’est à dire qu’il élabore des modèles mathématiques qui servent de base de travail aux traders.

Dans des chapitres alternés, nous apprenons tout sur ces personnages, d’où ils viennent, ce qui les motive, comment l’argent a transformé leur existence et leur caractère jusqu’à rester de marbre devant la barbarie. Et à partir de l’épisode du restaurant, nous assistons à leur chute, à la désagrégation de leur vie familiale, leurs amitiés, leurs principes…

J’ai trouvé ce roman plutôt convaincant (même si l’Américain Mark Ruffle est un peu trop caricatural à mon goût). Très bien documenté, il dresse un grand panorama des bouleversements historiques de notre société depuis l’effondrement de l’Union soviétique, de l’avènement du règne absolu de l’argent, de l’individualisme forcené et brutal au détriment des valeurs humanistes. Et si avec les crises successives de ces dernières années nous ne l’avions pas encore compris, il nous démontre également que dans notre monde désormais globalisé, nous sommes pris dans un engrenage qui ne laisse plus beaucoup de place au choix. La situation se résume bel et bien à un lapidaire « Marche ou crève ! »

(paru en format poche chez LDP)