Hrabal - trains

(par Alexandra)

Ce petit livre de 125 pages est un bel exemple de littérature picaresque : le narrateur, Milos, candide d’une vingtaine d’années, nous livre sa vision très personnelle de la 2è Guerre mondiale.

Rejeton d’une famille d’oisifs farfelus pointée du doigt par les habitants de sa petite ville de Bohême, il est stagiaire des chemins de fer dans une gare où il regarde passer les trains… trains de voyageurs, de marchandises, de bestiaux, de transport de troupes aussi, troupes allemandes en route pour la Pologne, troupes allemandes encore de retour de la Pologne… trains sanitaires, d’autres criblés de balles…

Tout cela ne l’émeut pourtant pas autant que les histoires de cul (et j’utilise volontairement ce mot !) de son supérieur Hubicka qui a créé le scandale en culbutant une fille sur le canapé du grand chef tout en lui oblitérant les fesses avec les tampons de la gare…

Lubricité, humour gras, kitsch, absurdité règnent ici en maître et nous font penser à l’atmosphère joyeusement grotesque d’un film comme « Chat blanc chat noir » de Kusturica.

Mais bien sûr, le roman se révèle bien plus profond qu’il n’y paraît. La réalité de la guerre pointe sous le croustillant quand notre narrateur Milos se fait dépuceler au moment même où les bombes incendiaires s’abattent sur la ville de Dresde. Et lorsqu’il devient résistant, il se sent animé de l’esprit de son grand-père écrasé sous les chars allemands qu’il a voulu arrêter en allant tout seul à leur rencontre…

Or, les Allemands que Milos rencontre ne sont pas des bêtes sanguinaires, non, ce sont des hommes comme lui, emporté par la guerre, sans grade ni décorations ; des hommes désemparés et qui crient « Mutti » (« Maman ») au moment de mourir ; des hommes avec lesquels Milos aurait pu (selon ses propres mots) sympathiser s’il les avait rencontrés dans le civil.

Hrabal nous rappelle à quel point la guerre est absurde et inhumaine. Mais point de grands discours, juste une petite leçon très efficace ! 

(traduit du tchèque par François Kérel et paru en format poche chez Folio)