Gallay - île

(par Alexandra)

„Anamorphose : déformation réversible d’une image à l’aide d’un miroir ou d’un système optique ou électronique”

C’est autour d’un manuscript intitulé “Anamorphose” que se construit l’intrigue et gravitent les personnages de ce roman.

Un jeune auteur inconnu l’a envoyé à Odon Schnadel, directeur et metteur en scène de théâtre à Avignon. Attendant trop longtemps une réponse, l’auteur s’est suicidé.

Quelques années plus tard, Odon monte une autre pièce du même auteur pendant le festival d’Avignon. C’est l’occasion pour Marie, petite soeur de ce dernier, de se rendre à Avignon pour assister au spectacle.

C’est une fille étrange, Marie; une écorchée vive animée par le seul désir de rendre justice à son frère. Elle accuse Odon d’être responsible de sa mort, lui reproche de ne pas avoir appelé dès la réception du manuscript. Et elle exige réparation.

Marie représente l’élément par lequel le danger arrive. Par ses questions gênantes, ses photos dérangeantes, elle force les autres à (s’) avouer des vérités qu’ils auraient préféré dissimuler. Elle déclenche en quelque sorte le processus d’inversion de l’anamorphose : agissant comme un miroir, elle amène les autres à révéler leur vrai visage.

Et l’amour du titre du roman dans tout cela? me diriez-vous.

“L’amour est une île. Quand on part, on ne revient pas.” L’explication se trouve là : c’est par amour qu’agissent nos personnages. Amour du frère pour Marie, amour de Mathilde pour Odon… Tous deux sont prêts à aller jusqu’au bout protéger ceux qu’ils aiment, quits à s’exposer dangereusement.

Claudie Gallay puise une fois de plus avec finesse et beaucoup de sensibilité dans la complexité des relations humaines, dans les blessures, les regrets, dans leur nostalgie ou leurs rêves. Et tout ceci sur fond (assez réussi, je trouve) de festival d’Avignon bloqué par les grêves et manifestations des intermittents du spectacle…

J’ai beaucoup apprécié ce roman (comme les autres romans de Claudie Gallay, d’ailleurs). J’ai seulement regretté un peu que l’on n’apprenne pas vraiment ce qu’il y a dans ce fabuleux texte “Anamorphose”. Se contenter de le savoir bouleversant sans en connaître le contenu enlève hélas un peu à sa crédibilité…

(paru en format poche aux éditions J’ai lu)