Tournier - La goutte d'or

(par Alexandra)

Bien que le personnage principal de ce roman de Michel Tournier soit un jeune travailleur immigré algérien, son sujet n’est pas pour autant la condition des immigrés en France (ni le quartier de la Goutte d’or à Paris d’ailleurs). La vie dans un foyer Sonacotra, le travail physique épuisant et ingrat, la solitude, la pauvreté, tout cela ne fait qu’affleurer, n’est qu’accessoire.

Au centre de ce roman se trouve l’IMAGE, qu’il s’agisse de la peinture, de la photographie, du cinéma… bref, de toute représentation figurative.

Idriss, notre jeune Algérien, n’est que le moyen que l’auteur utilise pour mener à bien sa démonstration qui peut se résumer en cette citation : « L’image est l’opium de l’Occident. »

Et si Michel Tournier choisit un jeune Arabe comme protagoniste principal, et non pas, disons un jeune Danois, c’est aussi parce qu’il s’appuie sur cette sagesse de l’Islam qui condamne toute représentation figurative, lui préférant le symbole, la calligraphie, ou encore l’objet abstrait dont le plus abouti est la « goutte d’or ». Il s’agit ici d’un petit bijou d’une forme parfaite, une « bulla aurea », une bulle d’or. Idriss, qui l’a trouvée dans le sable saharien, apprend que dans la Rome antique, elle était portée par les enfants de naissance libre.

Or, Idriss, l’enfant libre du désert, ne le restera pas longtemps à son arrivée à Marseille car, aveuglé par le monde des images et des apparences, il troquera sa goutte d’or contre les faveurs d’une prostituée. Son périple sur le sol français se révélera une suite de confrontations à des images de tous genres. Quoiqu’il fasse, où qu’il aille, Idriss s’y heurte, subit « les agressions de l’effigie, de l’idole et de la figure. Trois mots pour désigner l’asservissement. L’effigie est verrou, l’idole prison, la figure serrure. »

Désemparé, engourdi, abruti, Idriss se rapproche d’un vieux tailleur de pierres égyptien qui lui montrera la voie pour échapper à cet « asservissement » : il le présentera à un maître-calligraphe. Grâce à la calligraphie, Idriss retrouvera enfin la liberté d’esprit.

 « La goutte d’or » est un roman extrêmement érudit. On ne le lit guère avec le cœur, non, il fait appel à notre intellect. Et bien que j’apprécie en général qu’un livre stimule mes méninges, je n’ai pas adhéré à cette démonstration un peu répétitive (voire pédante) qui enfonce des portes ouvertes sous couvert de sagesse arabe.

J’ai trouvé ce roman froid ; un froid instillé par la perspective d’un narrateur omniscient qui nous abreuve d’explications diverses et variées, prêtant en même temps à ce garçon de 15 ans qui sort du fin fond du Sahara des discours invraisemblables pour une personne sans aucune instruction. Certes, l’auteur est libre d’écrire à sa guise, mais le lecteur n’est pas non plus obligé d’aimer ce qu’il écrit. Et c’est tout à fait mon cas ici. Ce roman ne m’a pas touchée du tout.

 (paru en format poche chez Folio)