Lachaud - Le vrai est au coffre

(par Alexandra)

J’aime bien les romans de Denis Lachaud en général et celui-ci n’en fait pas exception.

Ceci dit, en lisant le premier chapitre, j’étais tout de même un peu agacée : raconter une petite enfance aussi banale… quel intérêt ?

Je me suis forcée d’aller plus loin, n’ayant jamais été déçue par Denis Lachaud ! Et j’ai eu raison de m’acharner car l’ensemble est loin d’être banal ! Au contraire, c’est subtilement construit. Avec une grande économie de moyens, Denis Lachaud nous entraîne dans les méandres du psychisme d’un jeune qui se cherche, qui cherche son identité, sa préférence sexuelle. Ce n’est qu’à la fin que le début « banal » s’éclaire.

Le jeune en question, Tom, nous raconte son histoire. Nous voyons le monde avec ses yeux, nous l’entendons dialoguer avec Véronique. Elle est sa confidente, elle l’aide à surmonter les humiliations qu’il subit à l’école, elle passe tout son temps libre avec lui, l’accompagne en vacances …

 (Attention : spoil !)

Puis, c’est le choc. Tom meurt. Et continue de nous parler. Et pourquoi pas ? Bien d’autres se sont exprimés d’outre-tombe ! Au chapitre suivant, changement de narrateur : Véronique prend le relais.  Sauf qu’il y a quelque chose qui cloche. On revient quelques pages en arrière, on vérifie les pronoms, les accords des participes, des adjectifs… c’est bien cela, il y a un glissement qui devient de plus en plus perceptible : Véronique parle d’elle au féminin, normal, mais les autres s’adressent à elle à la forme masculine….

On finit par comprendre. Véronique, c’est Tom. Tom a choisi d’être Véronique. Tom est un travesti, et il veut se faire opérer pour devenir une femme…

C’est un roman qui touche, qui nous fait sentir de près la douleur, le traumatisme d’être rejeté par les autres parce que l’on ne correspond pas à la « normalité », parce qu’on est différent ; la difficulté de vivre quand on sent que l’on dérange et qu’on est seul au monde (ou presque).  

Donc, une fois de plus, Denis Lachaud a su m’émouvoir!

(paru chez Actes Sud en 2005)